Nouvel été de voile

Sorties à voile en 2009

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Nouvel été de voile

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Une vue sur 360 degrés révèle mieux le grandiose espace du centre du fleuve à Cap-à-l'Aigle.

Sortie 7: (Québec-Cap-à-l'Aigle). Le plan de la longue sortie de cette année est bien simple; je me rends seul de Québec jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli où mon épouse Chantal prendra le bord. Ensuite, nous filons en couple sur Cap-à-l'Aigle. Après? Nous verrons. L'avenir nous révélera avoir poussé une calme traversée en aller-retour aux Iles de Kamouraska avant un retour vers Québec d'abord calme, puis mouvementé.

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Jour 2. Lever de soleil depuis ma position à l'ancre derrière l'île de Bellechasse.

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Jour 2. Oups.... Près de la marée basse, avec 5 pieds de tirant d'eau, le voilier n'a pu pénétrer dans la marina et se trouve ainsi momentanément échoué entre les jettées de l'entrée.

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Jour 3. Mauvaise météo. Nous voici au musée maritime Bernier de Lislet.

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Jour 4. Chantal fait partie du bord pour la partie la plus intéressante, celle de la traversée vers Cap-à-l'Aigle.

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Jour 4. Un petit regard à la jumelle révèle à Chantal la position des bouées de la traverse Saint-Roch.

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Jour 4. Chantal barre sans se lasser ni se laisser impressionner. Le vent a forcit quelque peu et les vêtements de voile sont maintenant bienvenus.

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Jour 4. Loin derrière nous se trouve le Cap aux Oies. Encore quelques milles et nous serons à destination.

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Jour 4. A quai à Cap-à-l'Aigle. Bravo! C'est maintenant l'heure de l'apéro bien mérité!

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Surligné en jaune, le trajet de ce jour 4; une route de 28.2 milles nautiques qui nous aura fait parcourir, avec les louvoiements, un total de 33.3 milles nautiques, entre 9h00 et 15h00.

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Jour 5, soit le mercredi 12, derrière la Grande Ile de l'archipel de Kamouraska, les bélugas plongent autour du voilier pendant de longues minutes.

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Ils tournent autour de nous à faible distance.

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Au retour des Iles de Kamouraska, nous savourons de la voile tranquille dans l'immensité du fleuve Saint-Laurent. Un moment de paisible bonheur.

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Jour 6. Au retour de Cap à l'Aigle, il est préférable de remonter en longeant la côte pour bénéficier du courant de Saint-Irénée, ici bien mis en évidence sur cette mer calme. Le Cap aux Oies se profile en arrière-plan.

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Jour 6. A moteur dans la traverse Saint-Roch, sur un fleuve devenu mer d'huile.

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Jour 7. Au retour de Saint-Jean-Port-Joli, la mer a bien changé. En fait, les conditions secouent le bateau comme rarement.

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Jour 7. A trois ris dans la grand-voile, le bateau file bien, est bien équillibré et est beaucoup plus stable qu'à moteur.

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Jour 7. La portion de trajet effectuée à voile entre l'Ile aux Oies et la Grosse Ile, jusqu'à ce que je redémarre le moteur.

8 août - Québec - Ile de Bellechasse

Trajet Québec-Berthier

Départ Québec1100 HAE

Arrivée Ile de Bellechasse1500 HAE

VentsOuest, 10 noeuds environ

Marée Haute Québec0827 HAE, 5.2 m

Marée Basse Berthier1509 HAE, 0.6 m

Distance effective parcourue21.7 mn

VentsOuest, évalués à 10 noeuds.

Position mouillageWGS84, N46 55 52.3 W70 45 37.9

Ce premier jour, je quitte la marina de Lévis sur les coups de 11h00. Avec le bon vent arrière de cette belle matinée ensoleillée, c'est presque une plaisanterie que de rejoindre l'ile Bellechasse, à quelque 20 milles nautiques en aval de Québec. Ainsi, j'arrive tôt dans l'après-midi pour m'installer à l'ancre et savourer un brin de solitude en mer, si on peut appeler coucher derrière l'île de Bellechasse déjà se trouver en mer, bien sûr. Deux voiliers sont déjà ancrés en ce mouillage prisé mais spacieux. Aussi, je m'installe à distance, relativement loin de l'Ile. Le flot revient, les voiliers quittent et pour la solitude finalement, c'est assez réussi. Avec les goélands qui semblent se disputer sur l'île voisine, il me semble me trouver cette fois bien loin des petites tracasseries habituelles.

9 août - Ile de Bellechasse - St-Jean-port-joli

Trajet Berthier-St-Jean-Port-Joli

Départ Ile de Bellechasse0650 HAE

Arrivée Saint-Jean-Port-Joli1310 HAE

VentsOuest, 10 noeuds environ

Marée Haute Berthier0818 HAE, 5.5 m

Marée Basse St_Jean1401 HAE, 0.7 m

Distance effective parcourue26.7 mn

VentsOuest, évalués 5 à 10 noeuds.

Le second jour, un timide soleil se lève et semble ainsi brièvement jeter l'oeil sous un voile de nuage gris qui me recouvre. La nuit durant, mon ancre a tenu bon. Le bateau est bien demeuré en place, la ligne de mouillage ne s'est pas emmêlée autour de la quille et il m'est facile de remonter le tout pour un nouveau départ.

La météo reste gentille avec moi; le vent est bon et constant et il ne pleut pas. Descendre le chenal de Beaujeu jusqu'à St-Jean-Port-Joli est aussi simple que le trajet de la veille. Foc tangonné, voiles en ciseau, Bernache file allègrement jusqu'à destination. Seule anecdote digne de mention de cette journée; je surestime la quantité d'eau à l'arrivée dans l'entrée de la marina de Saint-Jean-Port-Joli et y resterai échoué quelque deux heures, à faire la sieste, le temps que la marée montante puisse me permettre le passage. Parvenue en cet endroit par la route, Chantal me rejoint du quai à bord d'un Zodiac. L'endroit est pittoresque pour fêter nos retrouvailles tout en attendant la marée montante. De marin solitaire, je redeviens ici époux et équipier sur le bateau. Le voyage en couple commence. L'eau monte bientôt. Nous décollons et Bernache trouve ensuite sa place à quai.

10 août - Visite à L'Islet-sur-mer

Le troisième jour débute par une hésitation. Suivie d'une rapide décision. La visibilité à la marina de Cap-à-l'Aigle, notre nouvelle destination, n'étant, nous dit-on, que de quelques pieds, nous décidons sagement de demeurer à quai et nous nous offrons le plaisir d'une visite au musée maritime Bernier de L'Islet, à quelque 15 kilomètres en amont de Saint-Jean-Port-Joli. Pour les marins en herbe que nous sommes, cette visite est tout particulièrement intéressante. Nous y passons la majeure partie de l'après-midi et comme nous y serions restés longtemps encore, n'hésitons guère à fortement recommander cette visite qui nous en apprend beaucoup sur la vocation marine de nos compatriotes.

11 août - St-Jean-Port-Joli - Cap-à-l'Aigle

Trajet St-Jean-Port-Joli - Cap-à-l'Aigle

Départ Saint-Jean-Port-Joli0900 HAE

Arrivée Cap à l'Aigle1500 HAE

Marée Haute Saint-Jean-Port-Joli0846 HAE, 4.8 m

Marée Basse Pointe-Au-Pic1351 HAE, 1.1 m

Distance sur la route 28.2 mn

Distance effective parcourue33.3 mn

VentsEst, évalués à 10 noeuds.

Au matin du 11 août, enfin, le temps est pour ainsi dire parfait. La visibilité doit être de trente kilomètres et les vents sont calmes, de l'est. Nous prenons le large vers la rive nord. Bingo!

Depuis St-Jean, le premier objectif consiste à rejoindre la traverse Saint-Roch, une sorte de rivière située dans le fleuve, un chemin d'eau où le courant très fort permet une descente rapide vers notre destination. Ensuite, nous longeons la rive nord depuis le Cap-aux-Oies, en aval de l'Ile aux Coudres, jusqu'à notre destination de Cap-à-l'Aigle. Nous apprendrons cependant qu'il peut être là préférable de là demeurer au large pour profiter des plus forts courants. Le temps est pour ainsi dire parfait. Il doit faire un vent de dix noeuds à peine et aussitôt la grand-voile et le génois 100% montés, Bernache prend une belle allure en surface de 5 noeuds environ. C'est un réel plaisir.

Ici, le fleuve est vraiment large et nous donne l'impression de nous trouver en mer. Quelques embruns poussés par le vent et dont certaines gouttes fouettent le visage révèlent la salinité de l'eau. Un instant, un phoque nous regarde passer. Le bonheur de nous trouver ici est grand.

Nous tirerons quelque neufs bords avant de quitter la traverse et passer le Cap aux Oies. De mille en mille, les conditions changent, de telle sorte que nous passons au foc, prenons un ris, relachons le ris, remontons le genois pour finalement remettre le foc et reprendre le ris. Ces nécessaires manoeuvres font savourer tout le piquant de la naviguation à voile. Un vrai plaisir.

A quelque deux milles marins de Cap-à-l'Aigle, la vague, passablement courte et hachée, fait un peu plus de un mètre de creux à crête. Marée descendante et vent d'est génèrent ainsi une bonne petite vague par endroit. Notre Bernache se fait bien secouer mais sait en prendre passablement plus, de telle sorte que cette mer quand même difficile se révèle finalement un plaisir. Ma Chantal aussi sait bien tenir le coup et barre sans se laisser impressionner. Elle parvient toujours à me surprendre quelque peu; autant elle peut parfois être réticente à s'aventurer, autant une fois dans l'action elle peut garder son sang froid. C'est réconfortant d'avoir une équipière qui se révèle fiable lorsque les conditions deviennent un peu plus ardues.

Autre point intéressant, le vent semble changer un peu de direction et nous permet de filer à destination en une seule bordée presque droite. Nous arrivons à destination à bonne allure.

A quai, c'est pour nous la fête. Il est difficile de dire alors si le soleil brille plus dans le ciel que dans nos coeurs. Nous n'avons cesse de nous remémorer les bon moments de cette journée tout en prenant l'apéro et en savourant un bon repas.

12 août - Cap-à-l'Aigle - Iles de Kamouraska - Cap-à-l'Aigle

Trajet Cap-à-l'Aigle - Iles de Kamouraska - Cap-à-l'Aigle

Départ Cap-à-l'Aigle1110 HAE

Arrivée Cap à l'Aigle1430 HAE

Haute Haute Pointe-au-Pic0813 HAE, 4.8 m

Marée Basse Pointe-au-Pic1433 HAE, 1.2 m

Distance effective parcourue21.0 mn

VentsEst, calmes.

Nous débutons la journée par un confortable petit déjeuner au restaurant de la marina. Ce n'est que tard dans la matinée que nous décidons d'appareiller enfin pour les Iles de Kamouraska, lieu de nombreuses épopées de ma petite enfance qu'il me tarde de revoir. Mais peut-être me tente-t'il encore plus de savourer l'immensité du fleuve, ici large de quelque 12 milles marins. Les bonnes conditions sont encore avec nous; il fait un temps splendide et les vents, de l'est, font moins de 5 noeuds.

Pour traverser à Kamouraska, l'heure de la marée importe peu et nous partons ainsi au petit bonheur, d'abord à moteur. Après un peu moins d'une heure, nous montons nos voiles, coupons le moteur et goutons au calme et à l'immensité. La marée descendante nous ramène tranquillement vers la pointe aval de la Grande-Ile de Kamouraska, où nous faisons quelques cercles sur place à la recherche de bélugas.

Enfin, ces gentilles bêtes s'étant d'abord fait désirer, le spectacle de leur ballet est lancé et ils seront nombreux à tournoyer autour du voilier.

Comme si ceci ne suffisait pas, quelques phoques relèvent aussi la tête pour jetter un regard étonné sur notre embarcation. Enfin, quasi à regret, nous retournons vers Cap-à-l'Aigle une fois l'après-midi bien entamé. La voile est très calme, paisible, et nous retournons ainsi à port sans nous presser. Il nous faudra tout de même remettre le moteur en marche pour revenir à une heure raisonnable.

La journée se termine un peu comme celle de la veille, à nous raconter à quai les joies de jour autour de l'apéro.

13 août - Cap-à-l'Aigle - Saint-Jean-Port-Joli.

Trajet Cap-à-l'Aigle - Saint-Jean-Port-Joli

Départ Cap-à-l'Aigle0610 HAE

Arrivée Saint-Jean-Port-Joli1130 HAE

Marée Basse Pointe-au-Pic0313 HAE, 1.3 m

Marée Haute Saint-Jean-Port-Joli1028 HAE, 4.2 m

Distance effective parcourue28.4 mn

VentsPresque nuls.

Sur le fleuve, c'est la nature qui commande et à plus forte raison à voile. La marée remontant tôt le matin, nous nous réveillons de bonne heure et appareillons une fois le courant de flot déjà bien établi. Il ne fait pas un brin de vent et nous progresserons donc le retour de ce jour à moteur.

Nous longeons d'abord la côte nord jusqu'à Saint-Irénée-les-Bains afin de bénéficier d'un courant de flot bien mis en évidence sur cette mer calme. Enfin, nous prenons le large vers la traverse Saint-Roch. Peu avant d'atteindre celle-ci, je demeure fort surpris de constater une vitesse en surface presque un noeud supérieure à notre vitesse sur le fond, révélant le frein apliqué à notre avancé. Je n'en reviens pas. Serions-nous en retard et le courant descendant serait-il commencé ? Mais non, c'est impossible. Je trouve le phénomène bien étrange jusqu'à ce qu'enfin, notre vitesse reprenne du bon, conformément à mes prévisions. Qu'a-t'il pu se passer ? Sans doute avons nous ainsi croisé au large de Cap-aux-Oies un quelconque courant contraire bien localisé. Je n'ai pas d'autre explications.

Quelque temps plus tard, enfin, nous passons les unes après les autres les bouées de la traverse Saint-Roch à bonne vitesse, poussés par un fort courant montant. Ce retour de Cap-à-l'Aigle vers Saint-Jean-Port-Joli fait une courte journée. Nous joignons des amis de voile dans le village et savourons un bon repas au restaurant. Le soir venu, au coucher de soleil, en fait, Chantal, Alain, notre mentor de la voile, comme nous disons, et moi faisons une courte mais fort agréable sortie à trois sur un voilier de 36 pieds. De quoi nous rendre malades....

14 août - Saint-Jean-Port-Joli - Québec

Trajet Saint-Jean-Port-Joli - Québec

Départ Saint-Jean-Port-Joli0710 HAE

Voiles montées0840 HAE

Voiles affalées1700 HAE

Arrivée Québec PNL2250 HAE

Marée Basse Saint-Jean-Port-Joli 0519 HAE, 1.2 m

Marée Haute Berthier1151 HAE, 4.2 m

Marée Basse Berthier1851 HAE, 0.9 m

Marée Haute Québec(jour suivant) 0109 HAE, 0.9 m

Distance totale effective parcourue74.1 mn

Distance totale à voile39.1 mn

VentsOuest, évalués d'abord à 20 noeuds, puis calmes en soirée.

C'est le dernier jour et le moment où nous prenons chacun notre chemin. En effet, ici, Chantal reprend la route tandis que je remonte à voile à Québec.

Je quitte la marina sur les coups de 7h30, peu après le début de la marée montante. Il fait un fort vent d'ouest et je doute, en ces conditions, pouvoir rentrer sur Québec aussi facilement que prévu. En effet, le plan du jour est quelque peu ambitieux. Je désire remonter en une marée jusqu'à Berthier, me reposer là à l'ancre le temps de la marée descendante et reprendre de suite la nouvelle marée montante pour finalement couvrir Saint-Jean-Port-Joli à Québec en un jour.

Je fais une heure à moteur à franchir de courtes mais plutôt hautes vagues. En ces conditions, le bateau se fait bien secouer. Enfin parvenu au niveau de l'est de l'Ile aux Oies, j'ambitionne de monter enfin les voiles. Pilote automatique enclenché, les gazs ajustés pour une vitesse de quelques 4 noeuds, je file sur la plage avant avec le foc et les deux écoutes. Il s'agit de bien se cramponner au bateau car là, ça secoue. Bien arrimé à la ligne de vie, l'affaire est plus sécuritaire, mais guère facilitée par ailleurs. De peur d'échapper la voile, j'entreprends de commencer à dérouler le foc dans son sac enfiché dans l'écoutille de la cabine avant. Avec peine, je parviens enfin à trouver le point d'amure et à le mousquetonner dans la manille du davier. Ensuite, il ne s'agit que passer les uns après les autres chacun des mousquetons du guindant jusqu'au point de drisse. Et oups! Une vague plus grosse que les autres recouvre de quelque un ou deux centimètres d'eau toute la plage avant. L'eau pénètre un instant par l'écoutille pour tomber dans la cabine. La proue du bateau ainsi complètement enfouie sous l'eau produit une poussée plus forte qui fait aussitôt rebondir le bateau haut vers le ciel. Bon sang, voilà une vraie partie de rodéo. Je lâche tout, me cramponne les deux mains sur le balcon dans l'attente du choc et quand le bateau retombe enfin, j'entends un "crac" aussi sec que distinct. Qu'est-ce-qui s'est cassé, me dis-je, un peu inquiet? Le balcon semble pourtant intact? Puis je comprends être tombé de mon poids sur le tangon. Rien de mal. La petite pièce de bois le retenant aux filières s'est cassée, ce qui est un bri au demeurant fort mineur.

Enfin, je parviens à monter cette fichue voile et reconnais là que j'aurais sans doute mieux fait de tout préparer à port... La grand-voile monte aussi bientôt vers le ciel, non sans que je l'ai réduite de trois ris. Les deux voiles établies, le bateau est beaucoup plus stable et ne plongera plus jamais dans la vague. Le vent le tient bien campé sur une gite qu'il ne quitte plus et c'est pour moi du bonheur. Il faut quand même dire les choses comme elles sont; aujourd'hui, ça brasse quand même pas mal.

Malgré tout, j'aime ces moments où il faille me forcer à garder le sang-froid, ce drôle de plaisir qui doit être de ces restes de rêves de petit graçon de mon enfance, où je m'endormais en m'imaginant muni d'une épée et triomphant de dangereux dragons...

A six noeuds en surface la plupart du temps, Bernache file comme jamais. Cependant, comme je dois péniblement remonter au vent, les louvoiements ralentissent ma progression et tous les bateaux partis derrière moi depuis Saint-Jean filent à moteur tout droit et remontent pour me dépasser les uns après les autres. Même deux autres voiliers arrivent à me dépasser toutes voiles dehors. Bon, me dis-je, la journée est longue et j'ai mon temps. Je suis venu pour faire de la voile, tout de même, et pas du moteur. La consolation est qu'à moteur, les embarcations du secteur se font drôlement secouer tandis que je me trouve comparativement dans un confort relatif.

A un certain moment dans la matinée, la mer agitée doit faire craindre le pire à certains. Ainsi, sur la fréquence de détresse, un maître de bord fait entendre d'une fort nerveuse voix un triple "MAYDAY" bien retenti. La garde-cotière demande description de la situation. Le bateau est un "trawler", une sorte de bateau à moteur de 38 pieds, le L..., qui se trouve dans le secteur entre l'Ile-aux-Coudres et la Petite-Rivière-Saint-Francois. Les vagues sont hautes parait-il et l'eau passe par dessus le pont. Le reste de la conversation se poursuivra plus en privé, sur un autre canal. Si cramponné à ma barre, je n'aurai plus connaissance de la situation, il faut croire que les choses tournent au mieux car la voie de détresse repasse au silence. Il faut croite que la situation a tourné au mieux ou que la crainte s'est estompée.

Cependant, les choses ne sont pas finies pour autant. La radio révèle encore un voilier échoué sur l'Ile Sainte-Marguerite, secteur où je me trouve. Un appel de la garde-côtière à toutes les stations est émis. Une conversation suit, puis je demande ensuite à la garde cotière si je puis porter assistance, chose qui ne me tente guère, dois-je ici avouer. Mais s'il le faut, alors... On me répondra par la négative et je poursuivrai paisiblement mon chemin.

Le jour avance comme le vent faiblit et la marée tourne lentement. Encore loin de Berthier, je continue de louvoyer néanmoins, jusqu'à ce que je ne gagne plus aucun terrain. Ca va faire ainsi, me dis-je. En désespoir de cause, contre un courant trop fort, je démarre le moteur et affale les voiles pour remonter directement à Québec et terminer, la nuit bien entamée, un long trajet à moteur. Chantal vient me rejoindre à quai à la marina de Lévis pour clore avec moi cette longue mais belle dernière journée de voile.

 

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