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Jour 2. Lever de soleil depuis ma position à l'ancre
derrière l'île de Bellechasse.
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Jour 2. Oups.... Près de la marée basse, avec
5 pieds de tirant d'eau, le voilier n'a pu pénétrer dans la
marina et se trouve ainsi momentanément échoué entre
les jettées de l'entrée.
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Jour 3. Mauvaise météo. Nous voici au
musée maritime Bernier de Lislet.
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Jour 4. Chantal fait partie du bord pour la partie la plus
intéressante, celle de la traversée vers
Cap-à-l'Aigle.
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Jour 4. Un petit regard à la jumelle
révèle à Chantal la position des bouées de la
traverse Saint-Roch.
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Jour 4. Chantal barre sans se lasser ni se laisser
impressionner. Le vent a forcit quelque peu et les vêtements de voile
sont maintenant bienvenus.
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Jour 4. Loin derrière nous se trouve le Cap aux
Oies. Encore quelques milles et nous serons à destination.
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Jour 4. A quai à Cap-à-l'Aigle. Bravo! C'est
maintenant l'heure de l'apéro bien mérité!
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Surligné en jaune, le trajet de ce jour 4; une route
de 28.2 milles nautiques qui nous aura fait parcourir, avec les
louvoiements, un total de 33.3 milles nautiques, entre 9h00 et 15h00.
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Jour 5, soit le mercredi 12, derrière la Grande Ile
de l'archipel de Kamouraska, les bélugas plongent autour du voilier
pendant de longues minutes.
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Ils tournent autour de nous à faible distance.
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Au retour des Iles de Kamouraska, nous savourons de la
voile tranquille dans l'immensité du fleuve Saint-Laurent. Un moment
de paisible bonheur.
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Jour 6. Au retour de Cap à l'Aigle, il est
préférable de remonter en longeant la côte pour
bénéficier du courant de Saint-Irénée, ici bien
mis en évidence sur cette mer calme. Le Cap aux Oies se profile en
arrière-plan.
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Jour 6. A moteur dans la traverse Saint-Roch, sur un fleuve
devenu mer d'huile.
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Jour 7. Au retour de Saint-Jean-Port-Joli, la mer a bien
changé. En fait, les conditions secouent le bateau comme
rarement.
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Jour 7. A trois ris dans la grand-voile, le bateau file
bien, est bien équillibré et est beaucoup plus stable
qu'à moteur.
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Jour 7. La portion de trajet effectuée à
voile entre l'Ile aux Oies et la Grosse Ile, jusqu'à ce que je
redémarre le moteur.
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8 août - Québec - Ile de Bellechasse
| Trajet Québec-Berthier
| | Départ Québec | 1100 HAE
| | Arrivée Ile de Bellechasse | 1500 HAE
| | Vents | Ouest, 10 noeuds environ
| | Marée Haute Québec | 0827 HAE, 5.2 m
| | Marée Basse Berthier | 1509 HAE, 0.6 m
| | Distance effective parcourue | 21.7 mn
| | Vents | Ouest, évalués à 10 noeuds.
| | Position mouillage | WGS84, N46 55 52.3 W70 45 37.9
|
Ce premier jour, je quitte la marina de Lévis sur les coups de 11h00.
Avec le bon vent arrière de cette belle matinée
ensoleillée, c'est presque une plaisanterie que de rejoindre l'ile
Bellechasse, à quelque 20 milles nautiques en aval de Québec.
Ainsi, j'arrive tôt dans l'après-midi pour m'installer à
l'ancre et savourer un brin de solitude en mer, si on peut appeler coucher
derrière l'île de Bellechasse déjà se trouver en
mer, bien sûr. Deux voiliers sont déjà ancrés en
ce mouillage prisé mais spacieux. Aussi, je m'installe à
distance, relativement loin de l'Ile. Le flot revient, les voiliers quittent
et pour la solitude finalement, c'est assez réussi. Avec les
goélands qui semblent se disputer sur l'île voisine, il me
semble me trouver cette fois bien loin des petites tracasseries habituelles. 9 août - Ile de Bellechasse - St-Jean-port-joli
| Trajet Berthier-St-Jean-Port-Joli
| | Départ Ile de Bellechasse | 0650 HAE
| | Arrivée Saint-Jean-Port-Joli | 1310 HAE
| | Vents | Ouest, 10 noeuds environ
| | Marée Haute Berthier | 0818 HAE, 5.5 m
| | Marée Basse St_Jean | 1401 HAE, 0.7 m
| | Distance effective parcourue | 26.7 mn
| | Vents | Ouest, évalués 5 à 10 noeuds.
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Le second jour, un timide soleil se lève et semble ainsi
brièvement jeter l'oeil sous un voile de nuage gris qui me recouvre.
La nuit durant, mon ancre a tenu bon. Le bateau est bien demeuré en
place, la ligne de mouillage ne s'est pas emmêlée autour de la
quille et il m'est facile de remonter le tout pour un nouveau départ.
La météo reste gentille avec moi; le vent est bon et constant
et il ne pleut pas. Descendre le chenal de Beaujeu jusqu'à
St-Jean-Port-Joli est aussi simple que le trajet de la veille. Foc
tangonné, voiles en ciseau, Bernache file allègrement
jusqu'à destination. Seule anecdote digne de mention de cette
journée; je surestime la quantité d'eau à
l'arrivée dans l'entrée de la marina de Saint-Jean-Port-Joli
et y resterai échoué quelque deux heures, à faire la
sieste, le temps que la marée montante puisse me permettre le
passage. Parvenue en cet endroit par la route, Chantal me rejoint du quai
à bord d'un Zodiac. L'endroit est pittoresque pour fêter nos
retrouvailles tout en attendant la marée montante. De marin
solitaire, je redeviens ici époux et équipier sur le bateau.
Le voyage en couple commence. L'eau monte bientôt. Nous
décollons et Bernache trouve ensuite sa place à quai.
10 août - Visite à L'Islet-sur-mer
Le troisième jour débute par une hésitation. Suivie
d'une rapide décision. La visibilité à la marina de
Cap-à-l'Aigle, notre nouvelle destination, n'étant, nous
dit-on, que de quelques pieds, nous décidons sagement de demeurer
à quai et nous nous offrons le plaisir d'une visite au musée
maritime Bernier de L'Islet, à quelque 15 kilomètres en amont
de Saint-Jean-Port-Joli. Pour les marins en herbe que nous sommes, cette
visite est tout particulièrement intéressante. Nous y passons
la majeure partie de l'après-midi et comme nous y serions
restés longtemps encore, n'hésitons guère à
fortement recommander cette visite qui nous en apprend beaucoup sur la
vocation marine de nos compatriotes.
11 août - St-Jean-Port-Joli - Cap-à-l'Aigle
| Trajet St-Jean-Port-Joli - Cap-à-l'Aigle
| | Départ Saint-Jean-Port-Joli | 0900 HAE
| | Arrivée Cap à l'Aigle | 1500 HAE
| | Marée Haute Saint-Jean-Port-Joli | 0846 HAE, 4.8 m
| | Marée Basse Pointe-Au-Pic | 1351 HAE, 1.1 m
| | Distance sur la route | 28.2 mn
| | Distance effective parcourue | 33.3 mn
| | Vents | Est, évalués à 10 noeuds.
|
Au matin du 11 août, enfin, le temps est pour ainsi dire parfait. La
visibilité doit être de trente kilomètres et les vents
sont calmes, de l'est. Nous prenons le large vers la rive nord. Bingo!
Depuis St-Jean, le premier objectif consiste à rejoindre la traverse
Saint-Roch, une sorte de rivière située dans le fleuve, un
chemin d'eau où le courant très fort permet une descente
rapide vers notre destination. Ensuite, nous longeons la rive nord depuis le
Cap-aux-Oies, en aval de l'Ile aux Coudres, jusqu'à notre destination
de Cap-à-l'Aigle. Nous apprendrons cependant qu'il peut être
là préférable de là demeurer au large pour
profiter des plus forts courants. Le temps est pour ainsi dire parfait. Il
doit faire un vent de dix noeuds à peine et aussitôt la
grand-voile et le génois 100% montés, Bernache prend une belle
allure en surface de 5 noeuds environ. C'est un réel plaisir.
Ici, le fleuve est vraiment large et nous donne l'impression de nous trouver
en mer. Quelques embruns poussés par le vent et dont certaines
gouttes fouettent le visage révèlent la salinité de
l'eau. Un instant, un phoque nous regarde passer. Le bonheur de nous trouver
ici est grand.
Nous tirerons quelque neufs bords avant de quitter la traverse et passer le
Cap aux Oies. De mille en mille, les conditions changent, de telle sorte que
nous passons au foc, prenons un ris, relachons le ris, remontons le genois
pour finalement remettre le foc et reprendre le ris. Ces nécessaires
manoeuvres font savourer tout le piquant de la naviguation à voile.
Un vrai plaisir.
A quelque deux milles marins de Cap-à-l'Aigle, la vague, passablement
courte et hachée, fait un peu plus de un mètre de creux
à crête. Marée descendante et vent d'est
génèrent ainsi une bonne petite vague par endroit. Notre
Bernache se fait bien secouer mais sait en prendre passablement plus, de
telle sorte que cette mer quand même difficile se révèle
finalement un plaisir. Ma Chantal aussi sait bien tenir le coup et barre
sans se laisser impressionner. Elle parvient toujours à me surprendre
quelque peu; autant elle peut parfois être réticente à
s'aventurer, autant une fois dans l'action elle peut garder son sang froid.
C'est réconfortant d'avoir une équipière qui se
révèle fiable lorsque les conditions deviennent un peu plus
ardues.
Autre point intéressant, le vent semble changer un peu de direction
et nous permet de filer à destination en une seule bordée
presque droite. Nous arrivons à destination à bonne allure.
A quai, c'est pour nous la fête. Il est difficile de dire alors si le
soleil brille plus dans le ciel que dans nos coeurs. Nous n'avons cesse de
nous remémorer les bon moments de cette journée tout en
prenant l'apéro et en savourant un bon repas.
12 août - Cap-à-l'Aigle - Iles de Kamouraska -
Cap-à-l'Aigle
| Trajet Cap-à-l'Aigle - Iles de Kamouraska -
Cap-à-l'Aigle
| | Départ Cap-à-l'Aigle | 1110 HAE
| | Arrivée Cap à l'Aigle | 1430 HAE
| | Haute Haute Pointe-au-Pic | 0813 HAE, 4.8 m
| | Marée Basse Pointe-au-Pic | 1433 HAE, 1.2 m
| | Distance effective parcourue | 21.0 mn
| | Vents | Est, calmes.
|
Nous débutons la journée par un confortable petit
déjeuner au restaurant de la marina. Ce n'est que tard dans la
matinée que nous décidons d'appareiller enfin pour les Iles de
Kamouraska, lieu de nombreuses épopées de ma petite enfance
qu'il me tarde de revoir. Mais peut-être me tente-t'il encore plus de
savourer l'immensité du fleuve, ici large de quelque 12 milles
marins. Les bonnes conditions sont encore avec nous; il fait un temps
splendide et les vents, de l'est, font moins de 5 noeuds.
Pour traverser à Kamouraska, l'heure de la marée importe peu
et nous partons ainsi au petit bonheur, d'abord à moteur.
Après un peu moins d'une heure, nous montons nos voiles, coupons le
moteur et goutons au calme et à l'immensité. La marée
descendante nous ramène tranquillement vers la pointe aval de la
Grande-Ile de Kamouraska, où nous faisons quelques cercles sur place
à la recherche de bélugas.
Enfin, ces gentilles bêtes s'étant d'abord fait désirer,
le spectacle de leur ballet est lancé et ils seront nombreux à
tournoyer autour du voilier.
Comme si ceci ne suffisait pas, quelques phoques relèvent aussi la
tête pour jetter un regard étonné sur notre embarcation.
Enfin, quasi à regret, nous retournons vers Cap-à-l'Aigle une
fois l'après-midi bien entamé. La voile est très calme,
paisible, et nous retournons ainsi à port sans nous presser. Il nous
faudra tout de même remettre le moteur en marche pour revenir à
une heure raisonnable.
La journée se termine un peu comme celle de la veille, à nous
raconter à quai les joies de jour autour de l'apéro.
13 août - Cap-à-l'Aigle - Saint-Jean-Port-Joli.
| Trajet Cap-à-l'Aigle - Saint-Jean-Port-Joli
| | Départ Cap-à-l'Aigle | 0610 HAE
| | Arrivée Saint-Jean-Port-Joli | 1130 HAE
| | Marée Basse Pointe-au-Pic | 0313 HAE, 1.3 m
| | Marée Haute Saint-Jean-Port-Joli | 1028 HAE, 4.2 m
| | Distance effective parcourue | 28.4 mn
| | Vents | Presque nuls.
|
Sur le fleuve, c'est la nature qui commande et à plus forte raison
à voile. La marée remontant tôt le matin, nous nous
réveillons de bonne heure et appareillons une fois le courant de flot
déjà bien établi. Il ne fait pas un brin de vent et
nous progresserons donc le retour de ce jour à moteur.
Nous longeons d'abord la côte nord jusqu'à
Saint-Irénée-les-Bains afin de bénéficier d'un
courant de flot bien mis en évidence sur cette mer calme. Enfin, nous
prenons le large vers la traverse Saint-Roch. Peu avant d'atteindre
celle-ci, je demeure fort surpris de constater une vitesse en surface
presque un noeud supérieure à notre vitesse sur le fond,
révélant le frein apliqué à notre avancé.
Je n'en reviens pas. Serions-nous en retard et le courant descendant
serait-il commencé ? Mais non, c'est impossible. Je trouve le
phénomène bien étrange jusqu'à ce qu'enfin,
notre vitesse reprenne du bon, conformément à mes
prévisions. Qu'a-t'il pu se passer ? Sans doute avons nous ainsi
croisé au large de Cap-aux-Oies un quelconque courant contraire bien
localisé. Je n'ai pas d'autre explications.
Quelque temps plus tard, enfin, nous passons les unes après les
autres les bouées de la traverse Saint-Roch à bonne vitesse,
poussés par un fort courant montant. Ce retour de
Cap-à-l'Aigle vers Saint-Jean-Port-Joli fait une courte
journée. Nous joignons des amis de voile dans le village et savourons
un bon repas au restaurant. Le soir venu, au coucher de soleil, en fait,
Chantal, Alain, notre mentor de la voile, comme nous disons, et moi faisons
une courte mais fort agréable sortie à trois sur un voilier de
36 pieds. De quoi nous rendre malades....
14 août - Saint-Jean-Port-Joli - Québec
| Trajet Saint-Jean-Port-Joli - Québec
| | Départ Saint-Jean-Port-Joli | 0710 HAE
| | Voiles montées | 0840 HAE
| | Voiles affalées | 1700 HAE
| | Arrivée Québec PNL | 2250 HAE
| | Marée Basse Saint-Jean-Port-Joli | 0519 HAE, 1.2 m
| | Marée Haute Berthier | 1151 HAE, 4.2 m
| | Marée Basse Berthier | 1851 HAE, 0.9 m
| | Marée Haute Québec | (jour suivant) 0109 HAE, 0.9 m
| | Distance totale effective parcourue | 74.1 mn
| | Distance totale à voile | 39.1 mn
| | Vents | Ouest, évalués d'abord à 20 noeuds,
puis calmes en soirée.
|
C'est le dernier jour et le moment où nous prenons chacun notre
chemin. En effet, ici, Chantal reprend la route tandis que je remonte
à voile à Québec.
Je quitte la marina sur les coups de 7h30, peu après le début
de la marée montante. Il fait un fort vent d'ouest et je doute, en
ces conditions, pouvoir rentrer sur Québec aussi facilement que
prévu. En effet, le plan du jour est quelque peu ambitieux. Je
désire remonter en une marée jusqu'à Berthier, me
reposer là à l'ancre le temps de la marée descendante
et reprendre de suite la nouvelle marée montante pour finalement
couvrir Saint-Jean-Port-Joli à Québec en un jour.
Je fais une heure à moteur à franchir de courtes mais
plutôt hautes vagues. En ces conditions, le bateau se fait bien
secouer. Enfin parvenu au niveau de l'est de l'Ile aux Oies, j'ambitionne de
monter enfin les voiles. Pilote automatique enclenché, les gazs
ajustés pour une vitesse de quelques 4 noeuds, je file sur la plage
avant avec le foc et les deux écoutes. Il s'agit de bien se
cramponner au bateau car là, ça secoue. Bien arrimé
à la ligne de vie, l'affaire est plus sécuritaire, mais
guère facilitée par ailleurs. De peur d'échapper la
voile, j'entreprends de commencer à dérouler le foc dans son
sac enfiché dans l'écoutille de la cabine avant. Avec peine,
je parviens enfin à trouver le point d'amure et à le
mousquetonner dans la manille du davier. Ensuite, il ne s'agit que passer
les uns après les autres chacun des mousquetons du guindant jusqu'au
point de drisse. Et oups! Une vague plus grosse que les autres recouvre de
quelque un ou deux centimètres d'eau toute la plage avant. L'eau
pénètre un instant par l'écoutille pour tomber dans la
cabine. La proue du bateau ainsi complètement enfouie sous l'eau
produit une poussée plus forte qui fait aussitôt rebondir le
bateau haut vers le ciel. Bon sang, voilà une vraie partie de
rodéo. Je lâche tout, me cramponne les deux mains sur le balcon
dans l'attente du choc et quand le bateau retombe enfin, j'entends un "crac"
aussi sec que distinct. Qu'est-ce-qui s'est cassé, me dis-je, un peu
inquiet? Le balcon semble pourtant intact? Puis je comprends être
tombé de mon poids sur le tangon. Rien de mal. La petite pièce
de bois le retenant aux filières s'est cassée, ce qui est un
bri au demeurant fort mineur.
Enfin, je parviens à monter cette fichue voile et reconnais là
que j'aurais sans doute mieux fait de tout préparer à port...
La grand-voile monte aussi bientôt vers le ciel, non sans que je l'ai
réduite de trois ris. Les deux voiles établies, le bateau est
beaucoup plus stable et ne plongera plus jamais dans la vague. Le vent le
tient bien campé sur une gite qu'il ne quitte plus et c'est pour moi
du bonheur. Il faut quand même dire les choses comme elles sont;
aujourd'hui, ça brasse quand même pas mal.
Malgré tout, j'aime ces moments où il faille me forcer
à garder le sang-froid, ce drôle de plaisir qui doit être
de ces restes de rêves de petit graçon de mon enfance,
où je m'endormais en m'imaginant muni d'une épée et
triomphant de dangereux dragons...
A six noeuds en surface la plupart du temps, Bernache file comme jamais.
Cependant, comme je dois péniblement remonter au vent, les
louvoiements ralentissent ma progression et tous les bateaux partis
derrière moi depuis Saint-Jean filent à moteur tout droit et
remontent pour me dépasser les uns après les autres.
Même deux autres voiliers arrivent à me dépasser toutes
voiles dehors. Bon, me dis-je, la journée est longue et j'ai mon
temps. Je suis venu pour faire de la voile, tout de même, et pas du
moteur. La consolation est qu'à moteur, les embarcations du secteur
se font drôlement secouer tandis que je me trouve comparativement dans
un confort relatif.
A un certain moment dans la matinée, la mer agitée doit faire
craindre le pire à certains. Ainsi, sur la fréquence de
détresse, un maître de bord fait entendre d'une fort nerveuse
voix un triple "MAYDAY" bien retenti. La garde-cotière demande
description de la situation. Le bateau est un "trawler", une sorte de bateau
à moteur de 38 pieds, le L..., qui se trouve dans le secteur entre
l'Ile-aux-Coudres et la Petite-Rivière-Saint-Francois. Les vagues
sont hautes parait-il et l'eau passe par dessus le pont. Le reste de la
conversation se poursuivra plus en privé, sur un autre canal. Si
cramponné à ma barre, je n'aurai plus connaissance de la
situation, il faut croire que les choses tournent au mieux car la voie de
détresse repasse au silence. Il faut croite que la situation a
tourné au mieux ou que la crainte s'est estompée.
Cependant, les choses ne sont pas finies pour autant. La radio
révèle encore un voilier échoué sur l'Ile
Sainte-Marguerite, secteur où je me trouve. Un appel de la
garde-côtière à toutes les stations est émis. Une
conversation suit, puis je demande ensuite à la garde cotière
si je puis porter assistance, chose qui ne me tente guère, dois-je
ici avouer. Mais s'il le faut, alors... On me répondra par la
négative et je poursuivrai paisiblement mon chemin.
Le jour avance comme le vent faiblit et la marée tourne lentement.
Encore loin de Berthier, je continue de louvoyer néanmoins,
jusqu'à ce que je ne gagne plus aucun terrain. Ca va faire ainsi, me
dis-je. En désespoir de cause, contre un courant trop fort, je
démarre le moteur et affale les voiles pour remonter directement
à Québec et terminer, la nuit bien entamée, un long
trajet à moteur. Chantal vient me rejoindre à quai à la
marina de Lévis pour clore avec moi cette longue mais belle
dernière journée de voile.
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