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Les Gladiateurs | |||||
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Accueil > Alpinisme > Les gladiateurs En août 1981 a eu lieu l'escalade des Gladiateurs, une des plus belles voies du Cap Trinité, sur le fjord du Saguenay, au Québec. Dans sa seconde moitié, la voie franchit un long mur vertical où l'on ne trouve aucun replat.
J'avais Bernard à l'autre bout du fil et nous discutions des derniers préparatifs de matériel. - Ouais, j'pense qu'on a tout c'qu'il faut. Puis un truc qui est pas mal aussi, c'est de monter un peu moins d'eau et d'apporter de la bière à la place pour les bivouacs. Bernard était perplexe. Prétextant le poids, il choisit de la bière légère. Enfin, nous étions prêts et en l'espace de quelques heures, Bernard passa de l'autre bout du fil à l'autre bout de la corde. Ce premier matin là, nous avons rapidement couvert les trois premières longueurs des Grands Galets. Fébriles de réaliser une belle escalade ensemble, nous avions le vent dans les voiles. Notre variante projettée s'échappait ensuite dans une hypothétique fissure se perdant à son tour dans un vaste mur vertical. Elle laissait ainsi le dièdre des Grands Galets sur sa gauche. Prenant la tête à mon tour, après m'être drôlement rétabli face au vide sur un bloc, je débutai la remontée de cette fameuse fissure. Puis je fixai les cordes et rejoint Bernard au bivouac. Un mur, une seule fissure. Jusque là, le chemin avait été évident. Le lendemain me trouva bientôt hésitant dans mes étriers. Continuer encore pour faire le relais un peu plus haut en traversant vers la droite devait éventuellement nous permettre de rejoindre une nouvelle ligne. Apparemment, cette dernière option était la bonne. Heureux de ma décision, je fixai ensuite le relais. Derrière, la corde de hissage descendait directement jusqu'à Bernard sans toucher le rocher. Une fois les bagages hissés je savourai enfin le luxe d'un peu de repos tout en regardant Bernard récupérer le matériel en remontant aux jumars. Puis nous nous sommes retrouvés tous deux en plein centre de ce vaste mur vertical, l'esprit imbibé de ce curieux paradoxe qui habite souvent le grimpeur. Oui, nous étions heureux de nous retrouver là et en revanche, nous étions aussi bien craintifs à l'idée d'affronter la suite. Bernard s'engagea nerveusement en tête. Si le coeur me fit un bon lorsque je le vis chuter d'un ou deux mètres, le sien avait dû alors s'arrêter bien sec. On eut cependant dit que ce fut là l'électrochoc dont il avait besoin. La nervosité semblait l'avoir quitté et dès lors, il s'affaira longuement à remonter une difficile fissure, l'esprit figé dans le pur vif de l'action. Nous nous sommes extirpés de nos hamacs le lendemain pour découvrir une épaisse brûme nous enveloppant de toutes parts. Trente mètres au-dessus, voilé sous la grisaille, Bernard poursuivait déjà son escalade avec acharnement tandis que je m'émerveillais en savourant notre étrange situation. Le sommet semblait être disparu. Avec lui le pied de la paroi. Plus de Saguenay, plus de paysage, que deux grimpeurs perdus dans un océan vertical de roc. Enfin, le disque jaune du soleil apparut derrière mon dos. La brume se déchira lentement en lambeaux que le vent sembla emporter. - Hé, Bernard! Vois-tu ça!? Regarde!! - Incroyable. C'est magnifique! Bientôt, un chaud soleil nous enveloppait encore pour cette troisième journée. Comme je remontais la longueur aux jumars, Bernard sortit l'appareil photo. Imaginant la galerie derrière l'objectif et désireux d'exhiber mon bien-être, j'écartai les bras comme pour embrasser le ciel entier et montrer mon bonheur de me trouver là. La longueur suivante me fut plus difficile à franchir qu'elle ne m'avait d'abord paru. Enfin, en bout de corde, je fixai un relais et là, nous allions passer notre troisième et dernier bivouac. Le quatrième et dernier jour fut bref. En un rien de temps, Bernard rallia le sommet et hissa ensuite les sacs tandis que je le rejoignis. Et là, affalés sur une montagne de matériel, les mains abimés, l'esprit tout rire comme le visage tout sourire, nous avons savouré un bref repos avant d'entamer, heureux, le chemin du retour. Verdict: C'est une très belle voie de mur d'un genre différent de Fox-Victor-India. Si cette dernière se caractérise par un ittinéraire complexe, plusieurs obstacles ainsi que plusieurs vires, Gladiateurs présente un parcours sobre. La voie parcourt un vaste mur uniforme (le Bouclier) coiffé d'immenses surplombs que l'on évite finalement par la droite. Ittinéraire: Le départ se situe tout près de la "caverne", un boulder formant un abri au pied de la paroi. 1. Remonter une fissure et se diriger ensuite soit vers une vire suspendue au pied d'un dièdre propre (à droite) ou vers un gros cèdre dans un dièdre (à gauche). A gauche est plus sale, mais sans doute plus rapide. 2. Remonter vers une belle fissure à coincements (5.9), la surmonter et faire relais sur une vire. 3. Suivre directement le dièdre jusqu'au "trou", une grande dépression coiffée d'un grand toit triangulaire en plein centre de la paroi. 4. Remonter sur des plaques jusqu'à un gros bloc. Deux pitons à expansion permettent au "Grands Galets" de rejoindre à gauche le dièdre au dessus du toit triangulaire. Gladiateurs surmonte le bloc par la droite et emprunte ensuite la fissure. Peu après deux pitons à expansions se présente un relais suspendu sur d'autres pitons à expansion. (longueur de 50m) 5. Suivre la fissure démarrant à droite du relais. Relais suivant sur d'autres pitons à expansion. 6. Sur la droite, remonter une fissure qui va en s'élargissant. Surmonter "La blessure ouverte" et enjamber "Le glaive" pour faire relais dans un dièdre. 7. Remonter jusqu'au sommet le dièdre contournant les surplombs. Gladiateurs, VI, 5.9, A3, environ 300 mètres d'escalade. Bernard Mailhot et Gaétan Martineau, août 1981. | |||||
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