Une de mes plus belles escalades de la vallée de la rivière Malbaie au Québec.

Monarque

Accueil

Journal de mission
Course à pied
Ski de randonnée
Alpinisme
Voile
Ecrits
Diaporamas

Programmation

Carnet des invités

Accueil > Alpinisme > Monarque

Une de mes plus belles escalades de la vallée de la rivière Malbaie au Québec.

monarque1.jpg

L'ittinéraire de "Monarque", dans la partie gauche de l'Acropole des draveurs, à la vallée de la rivière Malbaie au Québec.

monarque2.jpg

J'attaque le dièdre de la seconde longueur. L'escalade est ici technique et difficile, de degré 5.10 environ. J'installerai en cet endroit un relais suspendu avant d'attaquer ensuite la longue et magnifique fissure verticale où mon pied gauche est ici inséré.

monarque3.jpg

Au beau milieu de cette longue fissure, je me trouve à négocier des passages difficiles, mais bien protègés. J'applique toute mon ardeur et arriverai au bout physiquement fatigué, satisfait.

monarque4.jpg

Louis débute la longueur dite du "Monarque", où le rocher, aux couleurs du même papillon, se trouve lisse mais strié de quelques fissures franches et confortables.

monarque5.jpg

J'attaque le dièdre de sortie. Encore quelques vingt ou trente mètres d'escalade difficile et aérienne avant le sommet, la récompense bien méritée.

J'avais passé tout mon été 1983 à sucessivement planter des arbres dans le Nord de l'Alberta, faire de belles randonnées avec ma charmante Chantal dans les Rocheuses, pour revenir planter des arbres avant de conclure par un malheureux projet d'escalade raté au Yukon. Oublier ce drôle d'échec et retrouver nos beaux rochers quasi vierges du Québec occupait pour ainsi dire toutes mes pensées en cette fin d'été. Je pensais alors à mon ami Louis Paré et au mont de l'Ecluse. Aujourd'hui appelée l'Acropole des Draveurs, cette belle montagne comporte une paroi d'environ 300 mètres dont le sommet domine de 900 mètres la vallée encaissée de la rivière Malbaie. Faisant face à l'ouest, la paroi persiste encore, les beaux soirs d'été, à se teindre d'un sombre rouge orangé alors que le fond de la vallée se trouve déjà dans la pénombre. Son beau sommet dénudé, site d'un micro climat sub-arctique, donne au promeneur l'impression de se trouver en plein coeur du Nouveau-Québec.

Nous y étions venus trois fois déjà et avions pu y ouvrir une seule voie, de qualité moyenne, à droite du pilier de "Sens unique". Cette quatrième fois, une étude attentive de la paroi à la jumelle me révèle un bel ittinéraire entièrement propre tout à la gauche. Alors que la partie droite se caractérise par ce long pilier coiffé de surplombs, celle de gauche se caractérise, peut-on dire, par trois gigantesques dièdres. Tandis que celui de droite débouche dans d'énormes surplombs, les deux autres se présentent tels des lignes de faiblesse. J'opte cependant pour une autre ligne juste à gauche du dernier dièdre puisque je me rappelle la présence d'une belle fissure au départ et que la sortie semble coiffée d'un tout petit dièdre bien propre et aérien. Cette sortie semble prometteuse.

Louis solutionne facilement le début pour positionner un premier relais au pied de l'épaulement vertical de la première moitié de paroi. J'attaque des choses plus sérieuses en débutant par un petit dièdre à remonter et en contournant ensuite un surplomb par sa droite. Le pied droit en appui sur un mur, le pied gauche dans la fameuse fissure, de beaux mouvements de pontage me permettent de remonter un dièdre parcouru par une mince fissure et obstrué par un petit arbuste près de son sommet. Au lieu de transiter directement dans la fissure à gauche, je place un relais suspendu pour faciliter le maniement de la corde tout comme la prise de photos. De là, la très difficile mais tout aussi sécuritaire remontée de cette fissure à coincements m'amène au sommet de l'épaulement. De cet endroit, en cas de pépin, nous pourrions sans doute traverser cette vire vers la gauche et faire une longue marche pour revenir au sol sans même devoir utiliser la corde.

Louis me rejoint donc et fait une courte section bien facile pour stratégiquement positionner le relais suivant au pied d'un mur difficile. C'est un beau rocher marron strié d'une fissure aux contours vifs qu'il attaque donc ensuite. Puis il croise une bande de rocher noir et une courte section un peu plus délitée.

Les belles couleurs du rocher me rappellent celles du papillon monarque. Enfin, mon tour vient de reprendre la tête et comme le jour commence à tarder, Louis suggère une échappatoire en traversant vers la droite pour rejoindre et remonter le dernier des trois grands dièdres. J'argumente en faveur de mon plan original de sortie, plus direct, et Louis, bien concédant, me laisse m'y attaquer. Franchir un tout petit surplomb m'amène sur une vire au format équivalent, laquelle marque le tout début du dièdre de sortie. C'est trop tentant. Je déplace le relais ici et attaque ensuite le fameux dièdre.

C'est un délice de pouvoir attaquer des passages d'escalade difficiles et aériens avec la sécurité de points de protections fiables. Ici, la petite fissure du dièdre se prête bien au placement de mes coinceurs. Nous avons bien fait de déroger à notre habitude passée d'apporter marteaux et pitons. Six ou sept bonnes protections me permettent d'enchainer une suite difficile de mouvements de Dulfer et de pontage l'esprit néanmoins tranquille. Le soleil va se coucher bientôt.

Un très fort vent chaud remonte le long de la paroi et vient s'engouffrer par le bas de mes pantalons pour me faire frémir les poils de jambes et accentuer l'impression de vide. N'importe, la gomme de mes chaussons E.B. adhère bien sur les petites prises du rocher chaud et je peux monter avec confiance. Entre mes jambes, perché au mileu du vide, Louis m'assure avec attention. Des centaines et des centaines de mètres sous lui, la minuscule écluse obstrue la rivière Malbaie qui, si bas, ressemble à un mince fil perdu au fond d'un canyon. C'est une belle situation d'escalade qui m'envahit d'un grand plaisir. Nous nous retrouvons enfin sur le sommet.

Le sentier de descente, à la toute droite de la montagne, nous avait permis de rejoindre lors de précédentes équipées, à grande course la vallée en 45 minutes. Cette fois, cependant, la nuit toute noire est tombée et le lit d'un ruisseau remplace ce sentier que nous avons perdu de vue. Nous persistons inutilement à avancer en pataugeant et ne voyons même plus la main devant nos yeux au moment de concéder à la nécessité d'attendre le lever de soleil. Nous nous assoyons sur le sol mousseux et laissons nos esprits se reposer dans un demi-sommeil pour frugalement laisser la nuit s'écouler d'elle-même.

 

Haut de page

Tous droits réservés © 2003-2006 Gaétan Martineau