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La pomme d'or | |||||
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Accueil > Alpinisme > La pomme d'or L'escalade de la Pomme d'Or, une des plus grandes cascades de glace de l'est de l'Amérique du nord, située dans la vallée de la rivière Malbaie, dans Charlevoix, au Québec. Un très beau défi pour un alpiniste.
Cette année 2001, ma saison d'escalade de glace aura duré un peu moins de deux semaines, du 7 au 19 février. Ca n'aura pas été bien long. Mais quand même, j'en ai bien profité. Je suis d'abord allé grimpé aux chutes Montmorency avec Hans, Charles et Dany. Avec eux, j'aurai fait quatre agréables voies. Cette première journée m'aura permis d'oublier le travail. La fin de semaine suivante, je devais aller grimper les Jumelles avec France. Le projet fut emporté par le vent si l'on peut dire, puisqu'il a alors fait trop mauvais temps. Je suis ensuite allé grimpé une matinée avec Isabelle puis un après-midi avec Michel et France, toujours aux chutes. Cette année encore, cependant, j'aurai manqué le festi-glace de Pont-Rouge. La bonne affaire, c'est que si elle a été courte, la saison s'est bien terminée. Michel Bolduc et moi avons ainsi grimpé la Pomme d'or avant-hier. Cela faisait trois ans que nous avions tous les deux ce projet en tête. Nous avons pris le chemin de Saint-Hilarion où la bonne hospitalité de Bernard et Paula nous attendaient cette année encore. A quatre heures du matin, nous nous sommes réveillés pour rejoindre notre point de rendez-vous avec monsieur Lavoie et sa motoneige. Vers six heures trente, il nous a déposé au tout début de la marche d'approche, sur la rivière Malbaie, au pied du mont de l'Équerre, là où un gros rocher repose à peu de distance de la rive. Le pierrier du Mont de l'Équerre rejoint là presque la rivière. Point n'est besoin des raquettes. Vers huit heures trente, le tirage au sort a désigné Michel pour grimper la première des sept longueurs. Nous avons grimpé en cordée réversible. De cette façon, j'aurai grimpé en tête exactement les mêmes longueurs que lors de ma première escalade de cette voie, faite il y a déjà dix-sept ans, en 1984, avec Jacques Lamontagne. Sans hésitation, avec la protection de deux ou trois vis, Michel a rapidement enlevé cette première longueur, située au plus profond du gigantesque couloir de départ. Le ton de la partie s'est annoncé difficile dès le départ. Sous nos coups de piolets, la glace se fracturait comme du verre. Si les conditions n'étaient pas au plus propice, il n'y avait néanmoins pas de quoi nous plaindre trop. Le vif froid que nous attendions avait fait place à un temps relativement confortable. Entre quelques nuages, le soleil venait même parfois percer l'air pour faire briller la glace de tous ses éclats. La seconde longueur, beaucoup plus facile, je l'ai faite directement, sans prendre le temps de déposer le sac à dos au relais ou de poser une seule vis. Facile. En bout de corde, encore une fois, un relais fixé sur abalakov nous attendait. Il n'y a pas à redire; la Pomme d'or n'est plus l'escalade sauvage qu'elle était jadis. On sent que les grimpeurs y passent régulièrement. Michel a repris la suite. Malheureusement, la corde a tôt fait de se coincer sans doute dans un stalactite un peu plus bas. Nous y avons perdu un cinq ou dix minutes à la dégager. Michel est ensuite reparti et a rejoint le début de la rampe, une longue formation de deux longueurs. Au bout de sa longueur, une petite caverne exiguë l'attendait. J'ai repris la suite, une belle longueur raide et très régulière qui devient lentement un peu plus facile. Au bout, un beau relais fixé de deux pitons m'attendait encore. Michel a grimpé la longueur suivante, au relief plus varié et légèrement plus facile. A partir de cet endroit, il nous aurait été possible de continuer par la gauche et de grimper une variante un peu plus aisée de la Pomme d'or. Néanmoins, c'est la voie originale qui a retenu toute notre attention. A partir du cinquième relais, donc, elle remonte d'abord une longue colonne de glace. C'était par là que l'aventure devait continuer. A moi de jouer. Le moins que je puisse en dire, c'est que je ne faisais pas allure de brillant grimpeur. Tout au plus cette longueur me paraissait comme une sale affaire, une corvée qu'il me devait de remplir pour me valoir le plaisir et le mérite du sommet. Autant le dire franchement, j'avais alors une belle crainte en tête. A partir du relais, j'ai pu rejoindre le pied de la colonne et poser une première vis. Traverser ensuite au dessus du vide m'a permis de prendre pied sur de solides méduses de glace et de contempler de plus près toute la verticalité de la suite. Je me suis mis une seconde vis et ai pris le temps de réfléchir un peu. C'est vraiment limite pour mes talents. Je ferai comme j'avais fait jadis; grimper cette colonne en fixant au préalable une sangle entre mon baudrier et mon piolet de gauche. Au cas où les forces me manquent totalement. Les premiers pas à la verticale me furent pénibles. La glace, formée d'un ensemble de petites colonnettes, était relativement fragile. Comme je remontais les pieds à grands coups de crampons, mes deux piolets l'ont déchiré d'un seul coup et le dérapage qui s'est ensuit m'a donné de grands frissons. Comme j'ai cru m'engager dans un vol plané, par chance, mes outils ont enfin frappé le dur et je me suis arrêté un pied plus bas comme je criais à Michel de crier gare. Enfin, en me bottant le derrière un peu plus, je suis parvenu à rassembler du courage pour continuer. Le terrain est lentement devenu plus facile. Sur la droite, une grosse mais fragile stalactite de glace suspendue en plein vide présentait un bourrelet qui m'a permis de mettre le pied à l'horizontale. Enfin, quelques minutes plus tard, je parvenais au sommet de la colonne. Ouf, ai-je alors pensé, quelle frayeur me suis-je fait dans cette colonne. Comparativement, les derniers mètres avant le relais furent bien faciles. Un solide et confortable relais sur trois vis m'a permis de faire monter Michel, lequel n'a pas manqué de me congratuler sur la difficulté de cette longueur. Ce qu'il ne sait pas est que celle qu'il a fait en tête ensuite, la toute dernière longueur avant le sommet, m'a semblé plus difficile encore, non de par sa raideur, mais parce qu'elle est venue puiser les toutes dernières de mes forces. En dépit de ça, Michel l'a enlevé avec brio, en montant régulièrement, avec précaution et sans jamais hésiter. Plus bas, au relais, je le regardais monter avec admiration et confiance. Le sommet n'était qu'une question de temps. En arrière, j'ai eu toutes les misères à suivre Michel. Une courte section elle aussi formée de colonnettes a achever de vider mes muscles si bien que n'arrivais plus à ficher mes piolets dans la glace. Inévitable, une courte chute s'est ensuivie. Je me suis reposé sur la corde un peu et ai remis la gomme pour parvenir enfin au sommet. C'est sans doute inutile de vous dire le bonheur que nous avions à nous trouver tous deux là. Nous sommes félicités et avons pris une photo. La seule ombre au tableau, c'est qu'il était déjà 17 heures. Nous étions en retard sur l'horaire prévu et la noirceur allait nous envelopper moins de trente minutes plus tard. Clairement, la frontale de Michel et la ma mini lampe de poche allaient nous être indispensables. En fait, si nous avions su dans quelle noirceur cette journée allait se terminer, nous aurions certainement monté non pas une mais nos deux frontales. Un premier rappel a amené Michel sur une vire dissimulée derrière des colonnes de glace. Je l'ai rejoint et ai pris la frontale pour poursuivre le rappel suivant, en plein vide, et rejoindre le relais au pied de la colonne. Il faisait à ce moment nuit noire. Au rappel suivant, un des mes piolets, sans doute mal fiché dans mon baudrier, est tombé dans le vide. Par une chance inouie, je l'ai retrouvé planté dans la neige à faible distance au sommet de la rampe. A la fin du rappel suivant, ce fut au tour de Michel de laisser tomber une pièce d'équipement : ma lampe de poche. C'est ainsi qu'il a dû terminer la descente sous une noirceur totale. Avant même que je ne descende le premier, Michel fixait son descendeur sur la corde et s'y arrimait sous la lumière de la frontale. Plus bas, comme mon poids semblait soulagé de la corde, il n'avait plus qu'à se laisser descendre le long de la corde pour venir me rejoindre. Enfin, nous sommes arrivés à nos sacs, au pied de la coulée. Un peu moins d'une heure plus tard, après nous être égarés dans la descente, nous avons enfin rejoint la rivière et monsieur Lavoie qui nous attendait sur sa motoneige. Autour de minuit ou une heure du matin, nous étions de retour à Québec. Michel a là continué sa route jusqu'à Montréal. | |||||
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