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Marathon d'Ottawa 2004 | |||||||
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Accueil > Course à pied > Marathon d'Ottawa 2004 Soleil, air calme, bonne température et une forme physique correcte. Les conditions étaient réunies pour battre mon meilleur temps au marathon. En ce 30 mai 2004, à Ottawa, j'ai ainsi bouclé le parcours en 3 heures 27. Quatre minutes de mieux. Youpi! En prime, le plaisir de faire mon premier marathon avec les collègues de mon club de course à pied. Belle ambiance sur toute la ligne.
7h00 le matin au centre d'Ottawa. L'air est juste calme et frais et le ciel, d'un bleu limpide. Si la machine corporelle ne répond pas aux attentes à ce 4ième marathon, il me sera difficile de jetter le blâme sur la météo. Il faut dire que les conditions sont réunies pour faire une des plus belles courses. Voilà ce qui me trotte en tête peu avant le moment du départ, alors que je me trouve entouré de 3500 autres coureurs. Et c'est parti; le klaxon du départ se fait entendre comme fusent les cris de joie des coureurs. La vague déferle subitement dans la rue comme un embrun sur la plage. Au beau milieu du tourbillon, aussitôt la ligne de départ croisée, je déclenche mon chronomètre comme la machine de mon corps et tente d'accorder celle-ci le plus vite possible au rythme de course que je me suis sagement fixé. Pas encore réchauffées, les jambes trottent encore un peu gauchement, dirait-on. Ah, ces débuts de course. C'est qu'on aurait même l'impression d'avoir oublié comment courir. Voyons voir, 5 minutes au kilomètre, oui, ce doit être à peu près cette vitesse. A moins que ce ne soit plus lent? Enfin, laissons faire. On avisera sitôt le premier kilomètre croisé. Et oups, mes yeux le ratent, ce premier kilomètre. Enfin, au deuxième, ma montre marque 9'47". Assez bien visé, ma foi. A peine me faille t'il ralentir légèrement. Enfin, au kilomètre 4, je lis 19'53". Voilà. Une première chose est réalisée; à sept secondes près, mon rythme est ajusté. Il ne reste plus, pourrais-je dire, qu'à m'endormir dessus. Au 30 ième kilomètre, on refera un bilan de la forme. Pas avant. Pour l'instant, je commence à bien me sentir et savoure enfin le grand plaisir de la course. Laissons les jambes faire leur travail, économisons les forces. Et savourons plutôt le paysage. En fait, hormis la ville de Hull, ce que je remarque bientôt dans ce paysage, c'est Guy, un collègue du club de force sensiblement égale à la mienne. Lui et moi avions pour ainsi dire convenu de courir ensemble. Enfin, chacun son rythme, chacun sa course, avions nous implicitement convenu. Mais si courir côte à côte et nous encourager mutuellement peut nous remonter le moral et sauver des forces, alors aussi bien en profiter. L'avenir dira que ç'aura été une stratégie profitable. Au kilomètre six, ma montre marque 29'43". Je me trouve donc 17 secondes en avance sur l'horaire. Tout va selon les prévisions. Je vis le bonheur de l'action. Et j'en profite. De plus, Guy et moi remontons et dépassons lentement là Diane et Odette, deux autres collègues du club. Le plaisir des rencontres est donc aussi de la partie. Nos encouragements mutuels viennent nous donner quelques forces supplémentaires. De la même façon, une boucle nous permet de croiser au onzième kilomètre Mario, Caroline, et quelques autres du club, de calibre plus fort, lesquels doivent se trouver à quelques quatre minutes devant nous. "Bravo La Foulée!". Et puis je dépasse Napoléon. Ma parole, il se trouve plein de connaissances ici. Ca me change de mes marathons précédents. Comme aux autres, cependant, des orchestres jouent ça et là de la musique pour encourager. Et pour ce qui est des encouragements, c'est le cas de dire qu'on en retrouve toute la gamme. Ca va du sympathique bébé dans sa poussette auquel maman dit: "C'est papa! Donne lui sa banane!!" jusqu'au groupe religieux intégriste nous sermonnant: "He got the whole world in is hand"... Bon, peu observateur, je n'ai guère vu dans mes marathons plus de Dieu que Gagarine n'en a vu dans l'espace, et j'aurais bien encore préféré entendre à la limite chanter simplement "Il est né le divin enfant", "Mon beau sapin" ou "Le petit renne au nez rouge". Mais enfin, c'est l'intention qui compte et qui sait, peut-être Dieu va t'il nous apparaitre après tout au détour d'une courbe? L'avenir le dira bien. L'autre truc qui me fait interroger presque autant que l'existence de Dieu, c'est comment diable Guy, que je dois suivre depuis maintenant sept ou huit kilomètres, peut-il s'entendre régulièrement dire: "Bravo Guy", "Vas-y Guy", "Lâches pas, Guy!" ou "Let's go Guy". Ma parole, me dis-je, il est connu comme Barabas dans la passion. Non seulement il connait bien la ville, mais ce type doit avoir aussi une sacré famille dans la région. C'est seulement le fil d'arrivée franchit que je connaîtrai enfin le pourquoi de la popularité apparente de Guy. Pour la première fois, je le verrai alors de face et apercevrai accroché sur le devant de son maillot un énorme dossard sur lequel est écrit en trois gigantesques lettres "GUY". Pas mal comme truc et rusé ce Guy. Plus facile à mettre en oeuvre, il est vrai, pour Guy que pour Napoléon. Mais je reçois aussi ma part d'encouragements. Ainsi, au vingtième, Jean, blessé peu avant le marathon et s'étant rabattu sur le dix kilomètres, se trouve du coté de la foule pour encourager ses collègues de La Foulée; "Bravo la Foulée!". On se claque dans la main. Ca alors, ça te remonte tellement le moral qu'un peu plus, tu ferais un petit sprint pour impressionner tous les coureurs du voisinage, à commencer par toi-même. Woh les moteurs. On se calme et on réserve ses forces. Il ne faut pas s'énerver et mollo les chevaux... On en aura certainement besoin plus tard. Demi-marathon! Le chrono officiel montre 1:44 à mon passage. Excellent. Et puis se trouve un ravitaillement en Power-Gel. Là j'en profite et ralentis le pas quelques secondes pour prendre le temps de bien ingérer la nourriture, si on peut appeler ça de la nourriture, bien sûr, et un peu d'eau. Entretemps, Guy a filé et se trouve maintenant cent mètres devant. Il ne va pas filer loin pour autant, je peux vous le dire. D'ailleurs l'écart ne s'allongera jamais au delà. Je passe le kilomètre 25 à 2:02:38, avec un peu plus de deux minutes en avance sur l'horaire. Tout se passe tel que prévu et je suis toujours satisfait de ma course. En fait, ma véritable course doit commencer au 32ième kilomètre. En effet, c'est dans chacun de ces dix cruciaux derniers kilomètres que j'avais perdu à mon dernier marathon les quelques secondes m'ayant empêché de terminer sous les 3h30. Cette fois, j'ai appris la leçon et je ne vais pas me faire avoir. J'y tiens mordicus. Au kilomètre trente, je côtoie encore Guy. Mais comme je m'apprête à lui dire: "Guy, on l'a notre 3 heures 30", mon partenaire tient des propos quelque peu pessimistes. Il a l'air perplexe. Mais il doit avoir tort, me dis-je, ce n'est pas possible, nous sommes dans les temps et on tient bon le rythme. Alors? Possible panne de moteur dans le dernier virage? On verra. Le suspense demeure. En tous les cas, Odette, que nous croisons par surprise lors d'une petite boucle ne tient pas le même discours. Il est vrai, deux coureurs se croisant à contresens à douze kilomètres à l'heure ne laisse guère de temps pour un discours et interjection doit donc être ici le terme plus juste. Comme je tends la main dans sa direction, elle fait de même et, encouragée, lance un: "C'est beau La Foulée!" comme les paumes de nos mains claquent telles un point d'exclamation. Un flash d'un dixième de seconde qui laisse son bonheur pour le reste de la course. Ca alors, c'est qu'elle nous suit à quelques secondes derrière depuis le sixième kilomètre. Ca m'impressionne. Une chose vient me préoccupper. Depuis quelques minutes, en effet, tel un lièvre fuyant devant un convoi ferroviaire, je sens derrière moi le peloton des trois heures trente et entends le meneur de course officiel lancer ses conseils. La crainte de les voir me dépasser m'habite. Tout comme celle de me faire prendre d'une crampe à la jambe gauche. Il s'agit de se calmer et attendre simplement de voir comment les choses se passent. Le suspense demeure toujours... Les minutes passent. Les mètres aussi. Puis des kilomètres. Pas de crampe. Et pas de masse de coureurs qui me dépasse. En effet, ceux-ci arrêtent subitement leur course pour marcher quelques instants. Et pour moi, ça file. C'est dans la poche, Gaétan, me dis-je, et je le ferai enfin mon "moins de trois heures trente". Bonheur. Ce doit être là la plus belle partie de la course. Malheureusement, il n'en va pas de même pour tous. Blessures imprévues, malaises, abandons, font que pour une bonne part de coureurs, la déception se trouve malheureusement au détour. Mais voilà, c'est de ce mélange que sont tissés les défis. Comment pourrait exister le bonheur de réussir s'il n'existait pas aussi la contrepartie du risque d'échouer? Le succès ne peut guère exister sans l'échec plus que les beaux jours sans les mauvais. Justement, pour un coureur que je passe, autour duquel s'affairent trois personnes des services médicaux, l'affaire semble sérieuse. Le type, affaisé en bord de route, complètement sonné, ne peut se tenir assis sans le soutient d'un autre. Cela doit nous rappeller qu'un marathon, ce n'est vraiment pas un pique-nique et que c'est à prendre au sérieux. Kilomètre 37, kilomètre 38. Mon cher Guy avait beau dire que ça forçait, il arrive toujours à se faufiler devant moi et conserve un rythme un peu plus rapide. Si je le rattrappe toujours lorsqu'arrive un poste d'eau, je n'arrive tout simplement pas à le dépasser. Il tient bon et reste devant moi. Sacré gaillard. Enfin, il reste moins d'un kilomètre. On devine bientôt les estrades de la ligne d'arrivée là-devant. C'est le kilomètre 42 et les derniers deux cents mètres. La forme est toujours correcte et le moment est venu de pousser mes dernières forces à leur maximum. J'arrive encore à dépasser trois ou quatre coureurs. Mon corps m'obéit bien et c'est merveilleux. Mais le plus surprenant, à tout le moins pour qui n'a jamais fait de course à pied, doit être encore le plaisir de sentir toute cette foule autour qui vous crie encore ses encouragements. Là, pour quelques brèves secondes, vous êtes véritablement le héros sur le devant de la scène. C'est fou à dire, mais si dans un marathon Dieu vient mettre son bout de nez au détour du virage pour te faire bye-bye, ça doit être juste après le 42ième. Là, si tout s'est bien passé, en cette toute dernière de quelques deux cent dix minutes d'efforts constants, vous flottez plus haut que sur la dernière marche d'un podium. Oui, vous êtes sur un nuage au dessus de l'Olympe. Et si votre exploit reste malgré tout bien modeste, il reste qu'au fond du coeur, vous êtes à vos propres yeux le héros du jour. Et glissant dans un doux sentiment de paix, vous vous dites alors mission accomplie. Finalement, la déception ou le bonheur ne tient sans doute pas à un chiffre sur un chronomètre, ou un rang dans un groupe, mais au fait de réaliser ce qu'on désirait accomplir. Pour ça, un coureur peut toujours terminer un marathon en cinq heures et être plus heureux encore que celui le terminant en trois. Là doit se trouver le plus merveilleux de ce genre de défi; seuls avec et devant et eux-mêmes, les coureurs sont finalement toujours bien égaux. Et bip! Toujours attachée à mon soulier, la puce passe le fil et déclenche la fin de ma course. L'effort est terminé. C'est le temps des réjouissances. Je félicite Guy, arrivé dix secondes devant moi et trouve aussi Gérard, puis quelques autres du club. Nous commentons la course, le temps, tout et tout. A peine deux minutes plus tard, Odette termine aussi sa course. D'autres encore suivent bientôt et une bonne partie du club se retrouve ensuite dans l'herbe, sous le chaud soleil de la fin de matinée, à boire, manger, et partager les péripéties de la journée. Etendu dans l'herbe, regardant les nuages blancs sur fond de ciel bleu, vous savourez combien elle est bonne et douce, cette saveur du repos, après des heures de durs efforts. Mais comment l'exprimer encore justement au moyen de mots? Pour la connaître véritablement, il faut le parcourir son marathon. Un dur prix, mais comme il en vaut la chandelle. | |||||||
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