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Marathon de Québec 2001 | |||
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Accueil > Course à pied > Marathon de Québec 2001 Un bilan et résumé de mon tout premier marathon. Ouf. Ce ne fut pas facile.
Entraînement approximatif. J'ai couru de façon régulière, soit quatre jours de course puis un jour de repos depuis environ un an, à tous les séjours en mission. J'ai ainsi couru de deux cent à trois cent kilomètres par séjours successifs de huit à dix semaines, en Tunisie (juillet et août 2000), au Yémen (septembre à novembre), Tunisie (décembre à février), et Tunisie (mars à mai). Entraînement organisé. J'ai couru selon le plan recommandé pour le marathon de Montréal, groupe C, du 6 mai au 18 août 2001. La semaine précédent le marathon, j'ai craint devoir abandonner mon projet devant une douleur assez intense au tendon d'Achille droit. Le vendredi 24 août, j'ai consulté un médecin. Il m'a prescrit un anti-inflammatoire. Réchauffement. Le samedi 25 août, j'ai couru en groupe le réchauffement de 5 kilomètres sur les plaines d'Abraham. Pour moi qui ai couru pendant quelque chose comme un an, toujours seul et en pleine zone désertique, c'est un choc de le faire ce jour-là, en pleine ville, avec une centaine d'autres coureurs partageant la même passion. Mais c'est que j'en aurais les larmes aux yeux! Voilà que je retrouve des semblables. La blessure au pied ne se faisait pas trop sentir. Ca semblait bien aller et la douleur semble partie. Nous avons pris le petit déjeuner en groupe. Je ne reconnais personne. Le soir venu, je vais au souper aux pâtes. Même chose. Je ne reconnais personne. Un peu plus tard, vers 9 heures, je me suis couché pour la nuit, après avoir bu beaucoup d'eau. Je me suis réveillé vers 5 heures, ai pris pour déjeuner deux bagels, des raisins et café. Je n'étais pas trop nerveux. Je me suis retrouvé sur la ligne de départ dix minutes avant le signal de départ. Je me suis présenté à ce marathon avec l'expérience de longues sorties de 24, 28 et 31 kilomètres. Si je ne savais toujours pas ce que c'était d'en courir 42, j'avais par contre toujours couru sans ravitaillements en eau ou nourriture et par des temps beaucoup plus chauds. (après maintenant l'expérience de quelques marathons, je sais que ce fut là une bien mauvaise idée...) Ces deux derniers facteurs, je crois, peuvent jouer favorablement en ma faveur. Ainsi, je croyais, au tout début de mon entraînement, en mai, couvrir la distance dans les 4 heures quinze. L'entraînement progressant, je me suis mis à espérer moins de 4 heures. Me serait-il possible de faire dans les 3 heures 45? Ou peut-être même moins? Je l'ai secrètement espéré. Prudent, j'ai cependant donné à Chantal un horaire de 3 heures 45. Sur ma montre, j'ai collé des notes de temps de passages pour tenir un temps de 3 heures 40. Je suis optimiste. Peut-être un peu trop. Je prends place avec les autres. Nous sommes groupés en masse avant la ligne de départ. Trente secondes avant le départ, les coureurs, fébriles, tapent dans les mains. Le bonheur me porte. Je fais de même. C'est un véritable plaisir! Et ça y est. C'est parti! Km 1: J'ai couru un peu trop rapidement, sans doute parce que j'étais nerveux. Il ne m'aura fallu que quatre minutes à peine. C'est vraiment trop vite! Km 2 et 3: Je me rends compte de mon erreur et ralenti sensiblement mon allure. Néanmoins, je cours toujours un peu trop rapidement. A la courbe de la côte du passage, je ne vois pas Chantal, les enfles enfants et papa, venus m'encourager en ce premier tour de pâté. Peut-être sont-ils plus loin. Mon rythme tend vers les cinq minutes au kilomètre. C'est très rapide mais curieusement, je me sens confiant de pouvoir le suivre. Aujourd'hui, après coup, je crois que ce fut là une belle erreur d'expérience. On est fébrile dans les quinze premières minutes de course. Mais que sont quinze minutes en regard des trois heures et demi restantes. Il ne faut pas se presser trop. Il suffit de penser à tous ces kilomètres qui restent devant. Km 4, 5: Sur le boulevard de la Rive-Sud, je trouve Chantal et les enfants. On se salue de la main. C'est super! Je poursuis mon rythme et espère pouvoir m'y tenir. Km 6: On arrive au premier poste d'eau. C'est la toute première fois que je bois en courant. Et comme je désire à tout prix garder le rythme, j'évite de m'arrêter ou de ralentir. Le résultat est que je passe près de m'étouffer en essayant d'avaler cette eau qui virevolte sans cesse dans ce verre de carton. Ca semble tenir. Je termine à 29 minutes 27 secondes, soit trente secondes en avance sur l'horaire de cinq minutes au kilomètres. Je vise de toujours terminer mes kilomètres trente secondes avant la moyenne de cinq minutes par kilomètres. Km 7 et 8: Rien de très spécial. J'observe les coureurs qui semblent tourner au même rythme que le mien. On progresse dans les quartiers résidentiels de Lévis puis on revient près de la polyvalente. Autre poste d'eau. Je tente de ne pas m'étouffer une nouvelle fois! Au virage de la côte du passage, je reconnais Chantal et Valérie. Cette dernière prend une photo, me sourit en faisant un petit signe d'encouragement timide de la main. Au contraire, sa mère semble jubiler derrière. Je pense avoir pris le bon rythme. Le marathon est bel et bien lancé. Et, dieu merci, mon tendon d'Achille ne me fait pas mal. Je suis content. Km 9 à 13 : Tout tourne normalement. Je ne souffre d'aucun problème et cours à un rythme très régulier: autour de 5 minutes pour le kilomètre. C'est très rapide! Et alors? Peut-être, finalement, vais-je "faire un temps". Si oui, alors ce n'est pas le temps de lâcher. Je prends la côte descendante, au km 12, avec précaution. Km 13 : J'arrive en terrain connu! J'ai déjà couru ici et l'enthousiasme de revoir les parages m'anime un peu plus. Je conserve le rythme. Km 18 : Surprise. Nous ne montons la petite côte que j'avais parcouru lorsque j'étais passé ici lors de mon essai de 31 kilomètres. A la place, nous prenons la piste cyclable, vers la droite au bas de la côte. Puis une mauvaise surprise survient. Un petit claquement sec dans la cuisse droite me fait sursauter. Si je n'ai pas de douleur, l'inquiétude, en revanche, m'atteint d'un coup aussi sec. Je crains de tomber en panne avant le prochain kilomètre. Je continue néanmoins de courir et comme nous arrivons à la route 132, constate que la machine tourne toujours. Je m'imagine terminant finalement ma course, racontant finalement aux autres : "Je me demande bien quel boulon j'ai perdu au km 18! J'ai eu là un claquement dans la jambe". Km 19, 20: Ca va toujours. Mais je reste inquiet. Après le passage de la rivière, nous tournons sur le chemin du fleuve. Et puis finalement, je commence à croire que tout ira bien. Km 21.1 : Je passe au contrôle du demi-marathon. Le petit bip-bip se fait entendre et me rassure quant au fonctionnement effectif de la puce que je porte à ma chaussure. Km 21.1 à Km 24 : Nous courrons le long du fleuve. Tout va bien. Je suis encouragé. Là où se trouve une halte près du fleuve, une troupe de majorettes ajoute de l'entrain. C'est agréable. Km 24 à 26 : C'est la longue montée vers la route 132. La côte ne me semble pas si difficile et m'est même l'occasion de dépasser quelques coureurs. En arrivant à la route 132, nous recevons les encouragements de plusieurs spectateurs. Ca fait du bien. Km 26 à 30 : J'entends deux coureurs voisins dire: " 3 minutes de retard". C'est exactement ce que je calcule aussi pour moi qui désirerais arriver au terme avec un temps de 3 heures 30 minutes. Mais je ne peux aller plus vite. Cela me semble impossible. Finalement, il semble effectivement plus raisonnable de viser dans la gamme de temps prévue à l'origine, soit 3 heures 40 ou 3 heures 45. Nous prenons la courbe entre le pont de la Chaudière et le pont de Québec. Il se trouve un stand d'eau et, si je me rappelle bien, une portion d'orange ou de banane à se mettre sous la dent. C'est loin d'être de la dégustation. Je me rappelle avoir déballé ces demis-bananes avec presse avant de me les fourrer en bouche comme on ficherait un torchon dans une poche. On passe le pont de Québec en courant directement sur le tablier. C'est amusant de se voir pour une fois octroyé la place des automobiles. D'un couple de coureurs français que je côtoie, le plus vieux m'étonne. Il est relativement âgé. Il ralentit lors des passages aux ravitaillements et me rattrape de suite. Et voilà que plus loin, sur le pont, il s'arrête pour attendre son coéquipier qui doit rattacher un soulier. Malgré ces occasions où je dépasse ces deux lascars, ils ne manquent pas tous deux de me rattraper avant de me dépasser de plus belle. A la sortie du pont, une troupe de majorettes joue de la musique encore. C'est aussi bien encourageant. Comme je remonte pour arriver au sommet du viaduc enjambant l'entrée du pont de Québec et menant au boulevard Champlain, je me dis avec encouragement qu'il ne se trouve maintenant plus de côte à remonter. Néanmoins, je me dirai bientôt avoir cru cela un peu trop tôt. Km 31: Je descends vers le boulevard. C'est plus facile. Cependant, jamais je n'ai couru plus de 31 kilomètres et j'appréhende un peu le fait de briser mon record personnel. Malgré cela, c'est une sorte de plaisir que de briser cette barrière. Je remarque un grimpeur au rocher d'escalade Champlain. Si d'une certaine façon je me sens près de cette personne pour pratiquer le même sport, il me semble qu'un monde nous sépare actuellement. Km 32 à 40: J'entame les dix derniers kilomètres. Des affiches noires marquent ce pénible compte à rebours. Mon rythme a encore ralenti. Il me semble être devenu très lent. Malheureusement, c'est impossible d'aller plus vite. Le corps a beaucoup de peine à suivre. C'est beaucoup plus dur que je ne le croyais. La tête, cependant, marche à plein. Je sais que le plaisir d'avoir réussi mon premier marathon m'accompagnera tout le reste de ma vie. En contrepartie, il ne me reste qu'une heure à peine de souffrance. Il me faut continuer et c'est bien là le véritable plaisir, même si c'est si difficile. Je sais déjà, parce qu'il sera déjà terminé, devoir bientôt regretter cet intervalle des dix derniers kilomètres. Cela me rappelle des escalades: avoir hâte que tout finisse et lorsque revenu en lieu sûr, regretter le moment du combat. Si la côte du boulevard enjambant la voie ferrée est douce, je ressens néanmoins l'effort supplémentaire dont elle est l'occasion. Dans une courbe, je profite de passer sous un arrosoir pour me rafraîchir. Il faut encore passer le viaduc enjambant la voix ferrée sortant du tunnel. Ces côtes, à ce stade, sont éprouvantes. J'oublie presque de remarquer passer devant chez France. Je me retourne toutefois mais ne peut voir France ou son frère dans les parages. Et finalement, un peu plus loin, c'est elle qui m'aperçoit, du trottoir. Elle revient chez elle accompagné de Marc-André, son frère qui a parcouru le demi-marathon et de la compagne de ce dernier. Pour m'encourager, je tape dans la main de France au passage. Marc-André m'encourage de plus belle en parcourant le dernier kilomètre avec moi et en me clamant des félicitations. Il me semble qu'il vole tout près alors que, de mon coté, je me traîne avec misère. Je lui dit "être pas mal fatigué". Et puis voilà, c'est la ligne droite des derniers deux cents mètres. Au fond, un gros panneau "Arrivée" couronne la fin du marathon comme pour nous féliciter. Je regarde les rangées de personnes venues voir les coureurs. Deux bras ressortent de la foule. C'est Chantal. Si je suis heureux de localiser sa présence, il ne me semble guère en retirer de plaisir particulier. Je suis trop fatigué, dirait-on. Et puis voilà. Bip. Le chronomètre au dessus indique 3 heures 48. Je viens de passer la ligne d'arrivée. Trop fatigué, le stress de la course tombé à zéro, je suis quasiment incapable de me mettre à simplement marcher. Presque comme unique prétexte de ne pas laisser voir ma fatigue, j'engloutis plusieurs verres d'eau et de boisson énergétique en m'appuyant sur un comptoir tout près. Chantal et Hélène m'ont rejoint et m'interpellent. Je m'approche bien lentement. Moi qui pensais à l'origine arriver ici digne et simplement heureux d'avoir relevé mon défi me trouve un peu faible d'arriver dans un état physique aussi pitoyable. Je me trouve "pas mal gazé", "sonné comme un boxeur qui en a bien encaissé". Au contraire, Chantal est toute enthousiaste. Si une seule chose semble la décevoir, ce doit être que je ne partage pas sa volubilité. Du moins pas pour l'instant. "On se retrouvera près du poteau, là, pour une heure. D'ici-là, repose-toi". Bonne idée, me dis-je. J'ai comme besoin de retrouver mes esprits. Je marche quelques pas. On m'enlève la puce de la chaussure et me tend une médaille que je place autour du cou. Manger. Manger! On distribue nourriture à un comptoir tout près et je cueille victuailles à qui mieux-mieux. Je vais trouver un coin et savourer mes affaires comme un gamin se cache pour aller se gaver de bonbons. France, Marc-André et Julie me retrouvent et me félicitent. J'engloutis mes denrées en entendant France donner ses conseils de diététiste: "Dans ça, il y a du potassium", dit-elle comme je m'enfile une banane en bouche. Je retrouve les esprits et puis enfin faire quelques commentaires de l'expérience. Le plaisir d'avoir terminé et réussi commence à se faire sentir. Je serre France dans mes bras bien fort avant que mes trois amis prennent finalement congé. Mais c'est que je l'ai bien couru, mon marathon. Derrière, à peu de distance et au milieu des gens, Chantal me cherche du regard. Je me signale. Comme je suis heureux de la retrouver. Nous nous retrouvons donc toute la famille en compagnie d'Hélène. Là, nous pouvons enfin discuter de la journée avec plaisir. Et nous partageons nos impressions. Oui, c'est que je l'ai bien couru, mon marathon. Et ma foi, j'ai hâte au prochain. | |||
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