29 Aout. C'est le marathon de Québec et je participe au marathon en tant que lièvre des 4h15.

Marathon de Québec 2004

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29 Aout. C'est le marathon de Québec et je participe au marathon en tant que lièvre des 4h15.

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Juste après le départ, peu avant le premier kilomètre. Le lièvre se cache dans le paquet, sous le ballon rose...

En cette fin d'été 2004, je me trouve à Québec et l'occasion se présente donc de courir le marathon qui a toujours lieu le dernier dimanche d'août. Seul problème, l'entrainement m'a fait un peu défaut cet été et il me serait ainsi sage d'aborder le défi avec recul et prudence. Et, tiens, tiens, mon club de course à pied signale que l'organisation du marathon recherche des volontaires pour faire le parcours en tant que "lièvre", ou meneur de rythme. Pour moi, l'affaire est toute trouvée. Je m'inscris ainsi en tant que lièvre des quatre heures quinze minutes.

Ce rythme me sera lent et ne me sollicitera par conséquent pas trop le corps. Malgré cela, et c'est sans doute ce qui est le plus agréable, il présente sa part de défi. Le but du jeu consistera pour moi à boucler le parcours le plus près possible du temps imparti. Il s'agit ainsi de servir de référence et d'aider les coureurs ayant un objectif du même ordre à aborder le parcours avec une bonne stratégie. Evidemment, dans cette optique, prodiguer conseils et encouragements est aussi de mise.

Mon entrainement des dernières semaines est donc tout trouvé; il me faut savoir reconnaitre le rythme de 6 minutes 3 secondes au kilomètre. De plus, il me tenir compte du parcours au relief relativement accentué de Québec et me monter une stratégie.

Le samedi veille du marathon, nous nous retrouvons une douzaine de lièvres en réunion à l'exposition pour recevoir consignes et recommendations. Gérard, président de notre club de course à pied "La Foulée" et aussi lièvre des trois heures, dirige la séance d'information. Forts de lignes de directions et de conseils, nous repartons le coeur confiant et nous nous retrouvons tous le lendemain matin affublés d'un ballon de couleur. Et le travail, si on peut appeler ça un travail, bien sûr, commence dès qu'on apparait dans la foule des coureurs. Un coureur me demande si l'on prévoit faire des pauses de marche, tel autre demande si l'on arrêtera aux postes d'eau et ainsi de suite. Cela met un peu de pression dès le départ, mais n'est somme toute pas désagréable. On s'aperçoit qu'on sert à quelque chose.

Et le coup de départ est donné. Il s'agit de se mettre au bon pas tout de suite. Suis-je trop lent ? Trop rapide ? Enfin, je ne devrais pas m'inquiéter. Je saurai bien me rajuster avec les premiers kilomètres. Le premier passe donc et signale que mon rythme est légèrement trop rapide. Au deuxième, troisième, bonne chose, mes temps de passage commencent à converger vers le temps prévu.

Tout autour, les gens prodiguent leurs encouragements. De mon coté, ça va. Je me trouve environ 20 à 30 secondes en avance sur mon horaire et cette avance demeure constante. Fait intéressant, arrivé au 10ième kilomètre, je reçois l'encouragement qui me donne des ailes pour le reste de la course. Ainsi j'entends faiblement mais distinctement dans la foule derrière moi un spectateur dire; "Heye, y l'ont-tu le lièvre?". Etait-ce compliment un peu forcé ou remarque sincère? Je ne sais trop, mais pour croire avoir surpris la parole au travers des interjections de la foule, entendre ça m'a quand même touché tout droit et remonté le moral.

Toujours est-il que les kilomètres passent les uns après les autres et mon petit groupe tient le bon rythme. J'espère qu'il pourra en être ainsi jusqu'à la fin. La seule chose qui me chicote, c'est le vent venant d'est qui semble relativement fort. Au retour, de l'autre coté du fleuve, la partie sera certainement bien différente.

Je passe le semi-marathon en 2:07:10 et me trouve ainsi 20 secondes en avance sur mon horaire. J'aurai sans doute à ce moment une parole malheureuse en voulant prévenir mes équipiers du vent fort qui se présentera sans nul doute de l'autre coté du fleuve. Au lieu de dire "Le plus grand défi commence ici", j'ai échappé un "Attention, ce sera beaucoup plus difficile dans la seconde partie". Est-ce que ça en a découragé certains ? Je ne sais trop, mais l'un ne s'est cependant pas gêné pour dire : "Ah, il ne faut pas nous dire ça comme ça..." Je tente de m'expliquer et de rattrapper la mise en parlant de la stratégie qu'il faudra adopter pour contrecarrer l'effet du vent. Il faudra rester en peloton.

Enfin, toujours est-il que les kilomètres passent et passent et au vingt-cinquième, je retrouve ma famille venue m'encourager. Peu de temps après, notre peloton passe le pont de Québec et ressent durement la frappe du vent. Cela doit terminer de convaincre mes équipiers de la nécessité de rester en groupe. Comme nous abordons la côte du boulevard Champlain, je répète et répète encore de rester groupé pour franchir les douze derniers kilomètres.

Et c'est là que doit se trouver le grand plaisir de faire le lièvre; s'apercevoir, lorsque la difficulté vient nous barrer le chemin, que notre groupe reste malgré tout bien soudé en bloc et que l'entraide se mette ainsi de la partie pour lui permettre d'affronter les éléments. L'union fait la force. On le sent et le vit.

Notre rythme n'est pas si rapide, mais il permet de tenir le coup et kilomètre après kilomètre, nous passons régulièrement des coureurs simplement usés par l'effort. En revanche, personne ne nous dépasse. Indéniablement, cette sensation donne des ailes. Elle nous permet de nous rendre ainsi jusqu'au trente-huitième kilomètre sans problème. Et là, comme le vent diminue et que des stations de ravitaillements se présentent, le groupe se scinde immanquablement. Un peu désappointé de laisser ainsi beaucoup de mes coureurs, je dois néanmoins garder le rythme pour honorer ceux qui désirent suivre.

Pour moi, l'affaire est dans le sac. Je regarde mon chrono dans les derniers kilomètres et peux conclure que j'aurai rempli mon objectif. Mon temps final sera de 4:14:57. A trois secondes près, c'était dans le mille.

Je repense parfois à un coureur qui m'avait abordé dans les premiers kilomètres en me disant; "Tu as du mérite, car au fond, tu sacrifies ta course pour faire en sorte que les autres réussissent la leur". Je lui avais répondu en souriant que je n'avais pas tout ce mérite dont il voulait m'attribuer; "En fait, mon cher, je m'amuse autant que toi!". Le défi était juste différent et les défis, on a toujours du plaisir à s'y mesurer.

 

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