Pour 2003, un autre marathon? Non, un ultra.  Je me lance ainsi le défi de parcourir un cross-country de 91 kilomètres. En une journée. Un beau défi qui m'aura nécessité malgré tout quatorze heures d'exercice.

Trail 91 2003

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Pour 2003, un autre marathon? Non, un ultra. Je me lance ainsi le défi de parcourir un cross-country de 91 kilomètres. En une journée. Un beau défi qui m'aura nécessité malgré tout quatorze heures d'exercice.

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Au petit matin, sur les pistes autour de Mondeville.

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Le parcours traverse parfois de belles forêts. Il faut prendre garde de heurter du pied ces racines qui émergent ça et là du sol. Une petite erreur et c'est la chute.

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En certaines sections, heureusement courtes, la pente est très raide et on va alors jusqu'à poser parfois les mains pour s'aggriper à des branches ou rochers afin d'aider la progresssion. On est loin des marathons habituels.

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C'est terminé. Yvon est venu me rejoindre pour me féliciter. Lui a terminé l'épreuve avec plus de quatre heures d'avance sur moi. Un vrai champion.

91 kilomètres de sentiers à parcourir à travers champs et forêts, à remonter et descendre côtes et collines pour totaliser en plus 1000 mètres de dénivelés. C'est là le défi que propose annuellement, en début septembre, la compétition du Trail 91, juste au sud de Paris.

D'abord hésitant devant l'ampleur du défi, j'ai finalement décidé de prendre part à l'édition de 2003. Premièrement, l'occasion coïncidait avec mon retour du Maroc. Ensuite, six autres collègues de travail participaient également; Yvon avait parcouru le Trail en individuel l'année auparavant, tandis que l'équipe de Patrick, Didier, Thierry, Laurent et Brigitte avait choisi de parcourir les cinq boucles successives de l'épreuve en équipe. Le plaisir des groupes serait donc de la partie. Et troisièmement... bien, me disais-je, la déception de ne pas essayer serait plus ennuyante que celle de ne pas réussir.

Mais au fond, j'espérais bien pouvoir terminer l'épreuve. Deux dernières longues sorties hebdomadaires de 40 et 50 kilomètres me donnent confiance. Ma stratégie est simple. Attention de faire comme au premier marathon où l'on court toujours trop vite au départ. Yvon me conseille de même : " A toi de voir, bien sûr... A mon avis c'est à ta portée si tu gères ta course avec prudence dès le départ ". Aussi, je vise un bien tranquille 7 ou 8 kilomètres à l'heure, soit une douzaine d'heures d'exercice. Une bonne marge si l'on pense qu'il faille terminer l'épreuve dans un temps imparti de 15 heures.

5h00 a.m., samedi 13 septembre 2003. Toutes frontales allumées dans la noirceur de la fin de nuit, notre groupe de 120 coureurs s'élance pour la première des cinq boucles. Le parcours est bien balisé. Monter, descendre, tourner ici, virer là, si le parcours est varié, il n'y a guère de risque de perdre le chemin. Tel le wagon d'un convoi ferroviaire dans la nuit, je n'ai qu'à suivre le long ruban des lampes des coureurs qui me précédent. Enfin, la nuit ayant fait place à une matinée fraîche et brumeuse, au bout des 24 kilomètres de la première boucle, me voici revenu au point de départ, après trois heures. C'est là le temps que je visais. Le rythme doit donc être le bon.

C'est le ravitaillement. Après une bien bonne soupe avalée rapidement, le plein de la gourde souple que je porte au dos et une nouvelle application de gelée de pétrole aux aines et aisselles, soit cinq ou huit minutes de pause, c'est reparti pour la deuxième boucle.

Le jour étant bien levé, cette deuxième boucle de 15 kilomètres révèle combien l'exercice n'a rien à voir avec un parcours sur route. Tapis de feuilles mortes dans des côtes, racines dissimulées, cailloux et parfois bûches à enjamber sont autant de difficultés d'apparence simple, mais qui ajoutent un piquant certain au défi. Sur une certaine section, une pente sur le flanc d'une colline de sable est même assez abrupte pour qu'on pose les mains.

Enfin, après un peu plus de deux heures, je suis revenu au point de départ, profite d'un bon ravitaillement et m'élance pour la troisième boucle.

Pendant ce temps, les premiers poursuivants, eux, s'élancent déjà dans la quatrième boucle. Ce sont de sacrés calibres qui, dix sept kilomètres devant moi déjà, ont de quoi donner leçon de modestie aux coureurs dont je suis. Evidemment, je ne suis pas là pour battre un record, si ce n'est un petit record personnel de distance, mais pour m'amuser. Et pour ce qui est de m'amuser, c'est réussi. La journée est belle, et comme les coureurs sont bien disséminés, la compétition est même occasion de petits moments de solitudes. Autour, la brise fait bruisser les feuilles des arbres. Je suis heureux d'être là.

Et voilà que la boucle termine. Le soleil est venu éclairer la journée. A ce ravitaillement, en plus des ingrédients habituels, tel qu'eau plein la gourde, pilule salée, power-bar et vaseline aux articulations, je me coiffe de la casquette, me dévêt d'un T-shirt devenu trop chaud et pose une couche d'huile solaire. C'est que la quatrième boucle, longue de 21 kilomètres, est, parait-il, la plus difficile. Il faut dire et là, les gens souriront sans doute, que les 56 kilomètres déjà parcourus font ressentir un début de fatigue.

Un début de fatigue. Mais comme c'est agréable de parler ainsi. Ma foi, je ne vais pas rapidement, mais je peux aller loin. Je découvre de nouvelles possibilités à cette machine qu'est mon corps. C'est exquis de voir où elle peut me mener. Un petit calcul mental et le compte doit atteindre une bonne soixantaine de kilomètres. Plus que 31 et ce sera réussit. Ce qui est moins réussit, cependant, est ma prévision de douze heures de parcours. Enfin, je me rappelle d'abord mon objectif premier : terminer l'épreuve.

En fin de cette boucle, je croise le petit groupe de supporters que sont quelques-uns de mes collègues de travail et leurs proches. Et un peu plus tard, Laurent, participant au relais par équipes, me dépasse. On prend le temps de s'échanger un mot et de nous féliciter. Ca va bien lui dis-je. C'est juste une question de temps et l'affaire sera dans le sac. Il suffit d'être patient.

Enfin se trouvent devant le dernier ravitaillement et la perspective de la dernière boucle. Yvon se trouve au poste et me donne quelques mots d'encouragement. Bon sang, quel gaillard; il a déjà terminé! Après neuf heures quarante, il est arrivé huitième au classement général et premier de sa catégorie. Ca force mon admiration. Il faut dire que lui a couvert son meilleur marathon en 2h50. Si on le surnomme, au sein de son club de course à pied, le " chacal ", moi, avec mes 3h30 au marathon et mon allure comparativement lente, je dois bien être "chameau marocain" ou "orignal québécois"...

Enfin, c'est reparti pour le dernier tour. Le soleil commence à descendre sur l'horizon. Ma cheville droite commence à donner des signes de fatigue. Elle a enflé un peu et perdu de sa flexibilité. A ce moment-ci de la journée, si le courage est toujours intact, on ne peut en dire autant du corps qui nous porte et auquel on a tout de même beaucoup demandé. Il s'agit d'en prendre soin. Comme un cavalier pourrait prendre soin de sa monture fatiguée au terme d'une longue étape. Mon train est plutôt celui de la marche que celui de la course à pied.

Voilà enfin qu'on devine le village de Mondeville plus très loin. Au détour d'une courbe, j'aperçois Patrick et Laurent, venus à ma rencontre pour m'encourager et faire le dernier kilomètre avec moi. Bon sang, c'est sympa de leur part. Puis c'est l'entrée dans le village, un dernier deux cent mètres, et ma foi, pourquoi pas, le plaisir d'un dernier sprint à fond de train pour terminer avec la conviction d'un " je pourrais en faire encore, des kilomètres". Et puis les félicitations des gens.Yvon vient m'accoler pour la photo de la fin. C'est réussi. Rien d'époustouflant. Je suis arrivé 74ième sur 78 finissants. 42 personnes ont dû abandonner. Mais bon sang, quel plaisir et quelle journée mémorable.

 

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