7 juillet 2007. Mon deuxième ultramarathon.

Ultramarathon Lévis 2007

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7 juillet 2007. Mon deuxième ultramarathon.

Maintenant à sa huitième édition, le Triathlon de Lévis a fait sa réputation. Et la maintient bien. Connu de par le monde, puisque pas moins de 14 nationalités y sont représentées, pareil évènement fait de vous, comme participant, un privilégié. C'est cette chance que je m'offre cette année, en parcourant, parmi les multiples disciplines au programme, l'ultra-marathon de 100 kilomètres.


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Le matin avant la course, alors que j'avais l'air encore frais.

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Comment j'ai préparé mon "ultra". Mon cycle hebdomadaire montre, outre la régularité évidente de janvier, du type "résolution du nouvel an (!)", que l'occupation du travail m'aura distrait au printemps jusqu'à ce que les choses se tassent et que je puisse prendre un projet au sérieux. La longue sortie de la semaine 25, par un temps beaucoup trop chaud, aura été faite le lendemain et ici comptée dans la 26ième. La 27ième, enfin, se caractérise par un repos complet et la réussite du 100. Un entrainement plutôt irrégulier.

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Tels qu'enregistrés par ma montre de coureur, les temps de chacune de mes 50 boucles de 2 kilomètres montrent, outre la pause évidente du 80ième kilomètre, qu'une certaine régularité, autour de 6:30 au kilomètre a prévalu, jusqu'à ce que la fatigue commence inexorablement à se faire sentir, vers les kilomètres 60 ou 70.

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Le certificat souvenir en couleurs du Triathlon de Lévis. Mon temps: 12h28m41s.

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Eric Deshaies termine premier du double Iron man (photo triathlon Lévis).

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Au terme de plus d'une journée d'activité intense, le visage de Caro Lynn s'illumine d'un sourire au fil d'arrivée (photo triathlon Lévis).

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Enfin, c'est réussi. Après 12h28, je passe la ligne d'arrivée. Je les ai fait, mes 100 kilomètres. (Photo par Odette Fortin)

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Fatigué, bien sûr, mais d'abord heureux de ma journée! (Photo par Odette Fortin)

C'est après un entrainement plutôt irrégulier, caractérisé par une période de travail tout aussi intense, que je me suis finalement décidé à m'inscrire à ce 100 km au début juin et à prendre dès lors les choses plus au sérieux. Avec déjà un difficile 91 km de cross en poche, j'avais bonne confiance de terminer cette nouvelle épreuve. A condition de ne rien prendre à la légère et de bien suivre mes entrainements, le défi, pensais-je, devait ainsi être à ma portée.

Le décalage horaire

Après à peine 36 heures de mon retour de Tunisie, je me réveille donc à 5h30 le matin de l'épreuve, quelque peu amoché, puis-je penser, par le décalage horaire. La nuit m'a semblé bien courte. La raison est bien simple. En fait, il est 23h30 la veille. J'avais oublié de régler mon cadran sur l'heure de Québec...

Briefing de départ

Peu après le véritable 5h30 am, celui du Québec, ainsi qu'un petit déjeuner, nous nous retrouvons, sur les coups de 6h30, une quinzaine de participants, tout aussi curieusement disparates de par leur allure, taille ou âge, que ne le sont les frères Dalton par leur grandeur, autour de Richard Gingras, responsable de la discipline du 100 km, pour un briefing de début de course. Les explications sont simples et précises. Comme le parcours consiste à effectuer 50 boucles de 2 kilomètres et que le prospectus prévient que "le participant est responsable de compter ses tours" (!), je m'inquiétais de bien tenir mon compte. En fait, comme dans presque chaque marathon, une puce nous est prêtée et le compte est par conséquent enregistré de façon informatique. Ce ne sera qu'en fin de course que Frank ou Richard nous annonceront le dernier compte à rebours attendu.

Enfin, les coups de 7 heures nous voient tous prêts, armoires à glace et petits bouts de femmes réunis, attendant fébrilement sur la piste. Nous nous souhaitons tous bonne chance, le coeur empreint du fait que le reste de cette journée est un véritable défi. Qui reste à remplir.

Départ et stratégie de course

Et c'est parti. Nous avalons les premiers mètres sous un soleil fraichement levé. La pelouse bordant la piste se libère lentement de sa fraiche rosée et sur la berge, quelques canards pataugent, dominés loin au delà par un majestueux château Frontenac sur la rive opposée du fleuve. Le léger trac ou stress du départ a rapidement fait place au calme, à la sérénité et à la nécessité d'aborder les choses avec une tête froide. En fait, par rapport au marathon, lequel est réglé dans la bagatelle d'une demi-journée, disons, non sans ironie, qu'ici, on a le temps de voir les choses venir.

En fait de stratégie, la mienne est simple. Je crois connaître sufisamment mon corps et ce dont il est capable pour espérer régler cette affaire en une douzaine d'heure environ. Lièvre de 4h15 lors de deux marathons, j'ai terminé mes épreuves à respectivement 3 et 6 secondes de mon temps imparti, ainsi capable de fidèlement tenir un rythme de 6:03 au kilomètre. Lors du second, j'avais ensuite rajouté un 23 kilomètres supplémentaires pour revenir à la maison, pour ainsi terminer un 65 km encore en relative bonne forme. Ici, je vise de tenir un quelconque 6 minutes 45 au kilomètre. Je ne suis guère rapide, mais j'ai un bon moral et ne me laisse pas trop impressionner par les difficultés. La machine ainsi réglée, mes seules véritables préoccupations consistent dès lors à boire et à manger. Arrivera inexorablement un temps où la fatigue viendra perturber le rythme. D'ici là, je savoure la course. Après, bien on verra et on laissera le mental jouer ses atouts pour boucler l'affaire en beauté. Si possible. Car l'éventualité d'un échec, sans laquelle le bonheur du succès ne pourrait avoir lieu, plane toujours à l'esprit.

Comparaison avec le trail 91

Outre d'être aussi un ultra, ma course n'a rien de comparable avec celle du trail 91, un cross que j'avais réussi il y a de cela quatre ans. Ainsi nous trouvons nous ici en pleine ville, sur un terrain plat et lisse, encouragés par une foule assez nombreuse et parcourant sans cesse la même boucle de deux kilomètres. Je croyais que ce dernier trait contribuerait à la monotonie. Par erreur. En fait, le défi qui vous préoccupe est grand et le challenge reste bien constant.

Au contraire, ceci offre un avantage que j'avais à priori insoupçonné. Vous avez d'autant plus de chance de cotoyer et d'entrer en contact avec des athlètes remarquables que le site tient dans un véritable mouchoir de poche. Même que le contact avec ces athlètes n'est pas que motivant. En fait, et je pèse mes mots, c'est presque une leçon de vie.

Les gens

Ainsi, tour après tour, je croise entre autres personnes, Gerry Fassett, Caro Lynn, Tamas Szolt, Eric Deshaies, Isaac Goldberg et de nombreux autres encore. Ces gens engagés dans l'activité de l'Ultra Triathlon sont en pleine activité physique depuis presque vingt-quatre heures déjà. Ils termineront 7.8 km de natation, 360 km de vélo et deux marathons. C'est formidable. Physiquement, bien sûr, on l'imaginera, mais aussi et surtout, moralement. Ceci force inévitablement toute mon admiration. Chose inattendue, mes encouragements à leur endroit, tout aussi verbaux que gestuels, me sont spontanément retournés et doivent ainsi témoigner du respect que ces gens portent envers les autres, tout aussi modestes qu'ils soient. Gerry me lève le pouce lui aussi tour après tour, le visage littéralement illuminé d'un sourire. J'ai la chance de faire un bout de chemin avec Isaac Goldberg, lequel avec plus qu'un marathon à parcourir, court un kilomètre et marche le second. Il prend les choses avec patience et détermination et fonce néanmoins vers le fil d'arrivée. Aussi sûrement qu'un bulldozer. Il n'y a rien pour m'arrêter.

- It's my race, my pace

Tamas Szolt est l'incarnation même de "Souriez à la vie et la vie vous sourira". Le sympathique Hongrois, plein d'humour, s'attire inévitablement l'admiration de tous. J'ai beau lui dire "champion" en le croisant, il me pointe de ses deux indexs en retournant un "Bravo, champion" de son sympathique accent hongrois. Un sacré lascar, ce gaillard. Je le dépasse lors d'un tour et le découvre en train de courir... tout en prenant une bière! Je n'en reviens pas. En fait, il me le dira le lendemain, au matin du brunch;

- Oh, but it was an alcohol-free beer.

Ouf. Une chance, car ce n'est rien pour m'encourager à diminuer la consommation de bière...

Eric Deshaies, vainqueur du double Iron, se repose maintenant confortablement assis en bord de piste et me regarde passer.

- C'est à mon tour de t'encourager!

Comparativement, Caro Lynn fait sa course de façon extrêmement concentrée, regardant droit devant elle. Encouragée par son mari à ses cotés, lequel court le 100 km avec moi, son visage me semble rester stoïque jusqu'au moment du passage au fil d'arrivée, moment où il explosera du plus grand sourire. Elle brisera le record féminin du double Iron Man. Fameux!

Et toute épreuve ne resterait que cela, une épreuve, si elle ne pouvait être illuminée de l'humour qui, en amenant un peu d'absurde, fait prendre les problèmes avec du recul. Deux concurrents du double se croisant devant moi, j'entends l'un, René Sergerie, dire à l'autre:

- Ouais et oublie pas qu'on a payé pour faire ça.

Mais il y a aussi les grands moments. Ainsi, dans son dernier tour, je vois Olivier Zeiter, le suisse, reléguant le chronomètre au second plan pour accoler un partenaire de compétition et le féliciter. Les deux se congratulent et visiblement, le moment est fort.

L'usure de la goutte d'eau

Le temps passe, passe, les tours aussi et finalement, mon rythme tient relativement bien la route. Inévitablement, le cinquantième kilomètre doit tous nous voir dire que la moitié est faite. Bien sûr, nous savons tous que la moitié la plus difficile reste dès lors à faire.

Un peu plus tard arrive le 58ième kilomètre. "Plus qu'un marathon et c'est dans la poche". Mais un marathon, c'est quand même beaucoup. C'est d'autant plus que la fatigue commence à se faire diablement sentir et que votre vitesse, elle, tend au contraire à diminuer. Ainsi, en ce genre d'épreuve, les kilomètres 60 à 85 me semblent les plus difficiles. Vous allez de plus en plus lentement. On a parfois l'impression de ces mauvais rêves où vos jambes semblent, non plus vous porter, mais bien s'alourdir inexorablement pour devenir au contraire un poids à porter. La fin semble de plus en plus loin. Là doit se trouver le véritable défi. En dépit de la difficulté, savoir à ce moment se dire avec courage: "Je tiens bon. Je vais réussir".

Je parcours les kilomètres 70 à 80 en me disant qu'au 80, je ferai une pause. Terminant ainsi la quarantième boucle, le poste médical me voit ainsi m'étendre sur une table pour un massage des jambes, un douze minutes divin au terme duquel il sera difficile de sortir. J'ai beau dire à l'aide médicale comme à moi-même: "Plus que 20 km. A peine une petite sortie du dimanche. Ca devrait aller", il me faudra attendre le passage de frissons et une bonne minute avant que le mouvement des jambes ne puisse reprendre un rythme ordonné. Je demeure néanmoins très lent et à près de 9 minutes au kilomètre, à peine puis-je maintenant tenir un rythme de marche qu'on pourrait dire rapide. Une grosse averse se met de la partie. Mais je tiens bon, je tiens bon. Comme je me dis toujours, il n'y a rien pour m'arrêter.

Les derniers tours

Le soleil alternant avec les nuages et la pluie, c'est sous un magnifique arc-en-ciel que j'aborde les huit derniers kilomètres. Au terme de chaque boucle, Richard et Frank, armés de leurs carnets et fidèles suivis de course, m'annoncent à chaque fois: "Gaétan! Plus que 4 tours!". "Plus que trois!". "Deux tours!". Diable que c'est réconfortant!

Et puis comme par enchantement, le dernier tour arrive. Le plus absurde, après tout ce temps, est que j'arrive à me dire: "Déjà". A ce moment, vous vous dites que ce n'est maintenant plus qu'une question de secondes. Le fil d'arrivée en vue, vous entendez les hauts-parleurs crier: "Gaétan Martineau va terminer les 100 kilomètres de l'ultramarathon!". Les têtes se tournent vers vous et les gens crient à leur tour. Le moment est divin. Et inévitablement, l'esprit transporté de joie, comme le corps transporté d'énergie, c'est illuminé d'un grand sourire et à grandes enjambées que vous passez enfin le fil d'arrivée. C'est réussi!

 

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