Eté 1995. Nous revenons dans l'Ouest Canadien, avec nos enfants, cette fois. De Vancouver à Calgary, mais surtout dans les parcs de Jasper, Banff, Glacier et Yoho, nous faisons un beau voyage de trois semaines en famille à faire de la randonnée et quelques escalades pour les plus audacieux.

Les Rocheuses en famille

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Eté 1995. Nous revenons dans l'Ouest Canadien, avec nos enfants, cette fois. De Vancouver à Calgary, mais surtout dans les parcs de Jasper, Banff, Glacier et Yoho, nous faisons un beau voyage de trois semaines en famille à faire de la randonnée et quelques escalades pour les plus audacieux.

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Le trajet effectué au cours de ces vacances, entre Vancouver et Calgary. Les parcs de Jasper, Yoho, Glacier et Banff, sont ici marqués par la grande étendue verte pâle au nord-ouest de Calgary.

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A Vancouver, dans le parc Stanley, un nouveau totem vient d'apparaître...

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Les enfants savourent enfin de pouvoir dormir dans la tente pour de vrai. Ca reste quand même un jeu.

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Escalade de l'arête est du mont Edith Cavell, près de Jasper. Nous nous trouvons en plein dans les nuages. Peu importe. Grimper sur une si belle quartzite fait notre bonheur.

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Coiffé de nuages, le magnifique paysage des Remparts, vu des pentes sud-ouest d'Edith Cavell.

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Au glacier Athabaska. Les enfants s'amusent. Ca alors, nous marchons sur de la glace! Presque aussi amusant que si c'était de la crème glacée.

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Bien encordée, Marjolaine suit. Le soleil est maintenant levé. Nous atteindrons bientôt la base de l'arête du Silver Horn. Tout là-haut, à plus de 11,000 pieds, le sommet d'Athabasca nous attend.

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Au sommet d'Athabasca. On aperçoit derrière le mont Andromède et devine, plus loin encore, le champ de glace Columbia. Le haut sommet à l'horizon est le mont Columbia, aussi la deuxième plus haute montagne des Rocheuses.

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Les enfants gambadent et s'amusent dans les sentiers.

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En revenant du Tea House, au lac Louise, avec le mont Lefroy en arrière plan, notre famille fait un bonjour à la caméra.

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Un des magnifiques paysages de Rogers Pass, l'arête nord-ouest du mont Sir Donald, aussi une des plus belles escalades en Amérique du nord. Une ascension facile, mais longue et très spectaculaire.

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Sur Sir Donald, je remonte de gros blocs le long de l'arête. L'escalade est parfois raide, mais jamais très difficile.

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Denis pose les mains sur le bloc de rocher sommital. Un sourire illumine son visage. Au dessus, seul le ciel nous domine encore.

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En familles, le soir, au campement, rassemblés autour de la table pour le repas.

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Chantal au campement.

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C'est l'heure du gouter! Ah le plaisir de ces petits pique-niques.

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En fin de voyage, à Banff, près des chutes sur la rivière Bow.

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Visite dans le poste de pilotage du Airbus 340 qui nous amène à Vancouver. Une chance de moins en moins possible de nos jours...

L'auto stop et l'autobus, on connait assez. Pour changer, nous prenons l'avion!

- ... les passagers sont donc priés de s'embarquer dès maintenant en porte A-3.

C'est tout un événement de pouvoir enfin nous envoler ensemble, Chantal et moi. Ce sera la première fois en treize ans, même si entre-temps nous avons fait plusieurs voyages outre-mer. Le plaisir est double car les enfants sont aussi de la partie. On peut même dire triple puisque nous ne partons pas pour le travail, mais bien pour nos vacances familliales dans l'ouest canadien.

Confortablement calés dans de bons fauteuils, nous sirotons un bon Bordeaux en amoureux. Valérie et François regardent un film, puis font du coloriage. Nous les amènerons ensuite visiter la cabine de pilotage et discuterons quelques instants avec l'équipage. Ce vol est une véritable détente. Il nous change bien de nos épiques et interminables traversées du Canada en autobus.

Denis et Marjolaine, nos compagnons de vacances, nous accueillent à l'aéroport de Vancouver avec leurs deux filles, Karine et Marianne, âgées de deux ans et de sept mois respectivement. Voilà déjà deux semaines qu'ils se balladent dans la région. Mordus de cyclotourisme, ils ont auparavant parcouru la France en vélo. Et même la Nouvelle-Zélande, avec Karine, âgée de six mois à ce moment. La naissance des enfants n'empêche pas Denis et Marjolaine de satisfaire leur soif de voyages.

Peu capricieux sur le plan du confort, nos amis ne sont pas du genre à se laisser impressionner par cinq semaines sous la tente avec des bébés. Faire un voyage en leur compagnie nous semblait prometteur de vacances réussies. Nous n'allions pas être déçus.

Nous pensions d'abord à la Californie, au beau soleil et au granit de rêve de la Sierra Nevada, paradis de randonnée et d'escalade. Mais Denis et Marjolaine craignaient la foule et la chaleur. L'ouest canadien, avancent-ils timidement? Nous sommes d'accord comme eux sont soulagés de nous voir accepter leur suggestion. Il nous fera plaisir de revoir la région. Nous nous lancerons donc en haute montagne. Et pour fuir la chaleur, les Rocheuses, effectivement, c'est une destination de choix.

Mais il y a aussi la pluie, plus abondante. Elle nous accueille dès la descente d'avion et persiste. A demi transis sous une toile de plastique, nous prenons notre souper sans grand enthousiasme. Marjolaine devine sans doute notre déception et se veut optimiste. Au point de friser au contraire l'ironie.

- Ah, comme c'est agréable le camping! On est bien.

Heureusement, les choses iront en s'améliorant. Au bout du compte, nous serons même gâtés par le temps et cet accueil pluvieux sera bien vite oublié.

A Vancouver, nous retrouvons Pierre, le frère de Chantal, qui habite là depuis un an et demi déjà. Ces deux premiers jours, nous visiterons d'abord la ville en sa compagnie, puis nous compléterons quelques achats et irons au parc Stanley afin de visiter l'aquarium et prendre le repas en groupe. De pluvieux, le temps est devenu ensoleillé. Enfin, ce dernier soir à Vancouver, nous faisons les au-revoirs avec Pierre.

Chaque famille dans son automobile, nous remontons la vallée du fleuve Fraser. Il fait beau, le temps est bon, le paysage suscite notre émerveillement. De courts arrêts à Hope et Kamloops, une nuit sous la tente, une autre pause à Valemount ponctueront ces deux jours sans histoires. En fin d'après-midi, les Rocheuses nous accueillent enfin. A demi caché dans les nuages, le mont Robson semble nous souhaiter altièrement la bienvenue.

Randonnée en famille au pied d'Edith Cavell

Pour la première journée de notre séjour à Jasper, nous montons tous ensemble au pied du mont Edith Cavell, lequel domine de loin tout le paysage de la région. C'est notre première visite dans les alpages. Et là, les enfants trouveront avec joie quelques dernières plaques de neige que l'été n'a pas encore complètement entamées. Nous prenons un paisible goûter au milieu des mousses et des herbes tout en relaxant devant ce formidable mur de la face nord d'Edith Cavell. Curieusement, cette paroi est justement ma dernière escalade des Rocheuses. Il y a huit ans déjà, j'en faisais l'ascension avec Bernard, un grand ami grimpeur. L'esprit songeur, j'admire la paroi tout en me rappelant de chauds souvenirs. Il me tarde de revivre des moments semblables.

Et escalade de l'arête est d'Edith Cavell avec Denis

En fin d'après-midi, de retour à Jasper, Denis et moi nous renseignons pour notre escalade planifiée le lendemain, la face sud-ouest du mont Collin. C'est une belle voie rocheuse classique à laquelle nous pensons depuis longtemps déjà. La seule inconnue à cette escalade était l'approche, et celle-ci se révélera tôt être trop longue pour espérer compléter notre projet dans une seule journée. Dommage. Une solution de rechange est rapidement trouvée. Nous irons faire l'arête est d'Edith Cavell.

Ce qui, comme solution de rechange, satisfera certainement ma soif de haute montagne. L'approche est courte, c'est une voie abordable, et de plus, elle présente un caractère alpin franchement supérieur à celui du mont Collin. Pour sa première escalade en montagne, Denis est bien servi.

A quatre heures du matin, c'est le réveil. Puis, à peine trois heures plus tard, après une courte approche, nous sommes d'attaque au pied de l'arête. La première partie, en rocher propre et agréable, est surmontée facilement. Nous montons simultanément, en corde courte. Après un couloir de neige, nous atteignons l'épaule qui marque le milieu de la paroi. Mais c'est aussi à cet endroit que nous entrons dans le mauvais temps et à partir de ce moment, nous ne verrons guère plus qu'à quelque cent mètres devant nous. Malgré un soupçon de crainte, face à cet environnement nouveau, Denis se débrouille bien. A peine ce replat trahit-il son peu d'expérience. Il demande donc:

- Est-ce qu'on est rendu au sommet?

Nous n'en sommes qu'à la moitié. Une telle paroi ne se vainc pas aussi facilement. Le sommet est encore loin. Et pourtant, aurait-il raison? Peut-être sommes-nous plus près que prévu? Car il n'y a maintenant plus que le ciel gris autour de nous. Mais non. Après une courte section horizontale, l'arête se redresse droit vers le ciel encore une fois. Elle se perd là haut dans la tourmente. C'est un piège. Cette escalade semble interminable.

- On lâche pas, Denis!

De surcroît, la voie se complique. Mais c'est là aussi qu'elle devient agréable. Il fait bon retrouver la quartzite sous ses mains. Et garder le contrôle de la situation. Nous découvrirons, les unes après les autres, plusieurs belles sections d'escalade délicieuses, faciles et agréables. Certains passages sont intimidants. La seule chose qui manque à notre bonheur, c'est la vue du paysage. D'autant plus que cette mauvaise visibilité risque de compliquer la descente. Le givre fixé sur le rocher ajoute à l'ambiance sévère de la haute montagne. Le grésil cache tout. En revanche, il ne cache pas le malaise de Denis devant cette arête mince et effilée que nous devons maintenant traverser. En équilibre délicat, nous passons à tour de rôle comme des funambules sur un fil en lame de couteau. A gauche comme à droite, la vue plonge dans un gouffre voilé de gris à l'image du ciel au dessus de nous. Avec grande précaution, un pied devant l'autre, nous franchissons cet obstacle le souffle court.

Et pourtant, la première ascension de cette voie date de soixante ans déjà. Ce fut une autre réalisation de Conrad Kain, ce guide qui fut aussi le premier au sommet du mont Robson. Un personnage légendaire des Rocheuses.

Au delà du sommet, dans la descente, apparaît un paysage fantastique.

Nous atteignons une crête presque horizontale. Cette fois, nous approchons bien du sommet. Dans la tourmente, nous le passerons sans nous en apercevoir. C'est là que l'inquiétude me trouble. Tout autour de nous n'est que blancheur et tourmente. Il n'y a plus de rocher pour donner un quelconque repère. Il ne sera pas aisé de trouver la descente avec cette visibilité réduite. Heureusement, comme par enchantement, après quelques pas sur le versant ouest, nous sortons des nuages. Mes craintes se dissipent comme le rideau se lève devant nous. La vue porte loin vers l'horizon. Partout, de multiples sommets enneigés se révèlent sous nos yeux. Le spectacle est grandiose. J'ai une curieuse impression. Si tous les hommes avaient la chance de voir la beauté et de ressentir la sérénité de ce paysage, n'y aurait-il pas plus de paix dans le monde?

Tout en prenant un léger goûter, le premier de cette journée, nous admirons ce paysage unique.

- Regarde, là-bas, ce sont les Remparts au dessus du lac Améthyste. Et là, c'est le mont Clémenceau. Puis au fond complètement, tu as le champ de glace Columbia.

Et nous reprenons la descente. De la neige fraîche, nous passons à une pente de rochers, puis à de verts alpages. En quelque deux heures, nous revenons de l'hiver à l'été. Nous bouclons le tour de la montagne à pied tout en parlant de choses et d'autres et notre périple de la journée est déjà terminé.

Notre campement reçoit la visite de quinze wapitis!

Le coeur léger et heureux, c'est fiers comme des vainqueurs vikings que nous retrouvons nos familles. Soulagés de nous voir revenir enfin, eux aussi racontent passionnément leur journée. Laquelle semble aussi riche en événements: une jolie randonnée à pied dans un canyon, la visite de Jasper et la venue de wapitis sur notre site même de camping.

- ... ils se sont approchés de la tente. Un ou deux, ça ne dérange pas trop. Mais ils sont arrivés quinze!

Les animaux sont un enchantement pour les enfants. Ours, chèvres de montagnes, chiens de prairie et coyotes forment un véritable jardin zoologique que le naturel des montagnes et la spontanéité de la découverte rendent encore plus merveilleux.

Au glacier Athabaska.

Et si les enfants trouvèrent si surprenant de jouer dans un banc de neige en juillet, qu'ils se tiennent bien, car ils marcheront bientôt sur un véritable fleuve de glace. C'est ainsi que nous nous retrouvons tous sur le glacier Athabaska pour une nouvelle promenade. Mains gantées bien serrées dans celles de Chantal, le visage couvert de crème solaire, bien habillés et chaussées de bottes, les enfants se trouvent aussi en sécurité que le client accompagné du meilleur guide des Rocheuses. Parallèlement, Karine et Marianne sur le dos de Denis lui donnent l'allure du plus costaud porteur de l'Himalaya. Nous remontons lentement le glacier. Au dessus de nous, les monts Andromède et Athabaska se dressent dans une blancheur qui se détache violemment sur un fond de ciel bleu.

Escalade d'Athabaska.

J'accompagne Marjolaine à qui j'explique quelques rudiments de marche en crampons et maniement de piolet. Nous partons tous deux tôt dans la nuit le lendemain pour escalader Athabaska par la voie du Silver Horn. Comme pour Denis au mont Edith Cavell, c'est la première ascension de Marjolaine en haute montagne. Cette escalade se déroule aussi dans un cadre très alpin. Tout autour de nous n'est que glaciers, crevasses et séracs. Du glacier en pente douce qui descend du sommet, nous passons à une longue pente de neige durcie que nous attaquons directement. Nous quittons ici la trace de cette cordée de trois grimpeurs qui poursuit la voie normale. Là où nous sommes, le terrain est plus raide. En corde courte derrière moi, même si le vide semble l'impressionner, Marjolaine suit pas à pas avec courage. Et cette fois, le beau temps est au rendez-vous.

- Tu es confortable comme cela? Regarde bien la vue derrière. C'est magnifique!

- Oui. Mais je suis moins confortable si je regarde...

Notre cordée monte lentement, réglée comme une horloge. C'est le souffle court que nous parvenons sur l'arête sommitale pour la dernière section. Enfin, après une courte marche dans de la neige fondante, le sommet nous accueille enfin sur le coup des midi. Encore ici, la vue porte sur une multitude d'autres sommets que Marjolaine découvre avec émerveillement.

- Et tu vois, là, c'est le mont et le glacier Saskatchewan. Puis il y a Castleguard, où il y a des grottes. Le gros sommet tout blanc, c'est Bryce. En dessous, c'est le champ de glace Columbia. Puis le gros au fond, c'est Columbia, le deuxième sommet des Rocheuses. Puis les Twins, le Snow Dome, Kitchener...

Je pourrais passer des heures à admirer ces sommets et à rêver de les gravir tous.

Mais il me tarde de retrouver Chantal. Voilà que je m'échappe encore en montagne, le jour de son anniversaire, de surcroît. Pour une année où je suis enfin présent lors de ce jour spécial, il me presse de la retrouver. Les prochains jours seront consacrés à la famille, c'est juré. Et c'est ainsi que le lendemain, nous quittons les Champs de Glace pour nous diriger vers Field, dans le parc de Yoho, une belle place pour la randonnée familliale. Nous prenons la route, en laissant Athabaska qui, aujourd'hui, se cache loin au dessus, dans les nuages. Nous avons quand même bien profité du beau temps d'hier. Ce fut une chance, tout de même, les aléas du temps pouvant durement toucher des vacances dans cette région.

Des champs de glace Columbia à Yoho.

Avec ces sommets majestueux qui vous dominent, des animaux qui ça et là vous regardent paisiblement passer, des lacs aux couleurs de jade, d'émeraude, d'améthyste, la route qui sépare Banff de Jasper est un véritable délice pour celui qui aime la nature. Elle convertit sans peine les autres. Pouvoir s'émerveiller ainsi, pourtant installés dans une auto, c'est quand même inusité. Nous nous laissons bercer au gré de la route.

Mais aujourd'hui, c'est encore mieux. Sac au dos, nous partons boucler le tour du lac Emerald. La bonne humeur des enfants témoigne du plaisir de la découverte à chaque courbe du sentier. Tantôt devant, tantôt derrière, Valérie et François gambadent main dans la main en riant.

- Ne vous fatiguez pas trop. Vous voyez ce grand lac? On va faire tout le tour.

Mais pour retenir leur attention, il faudra plutôt quelques petits animaux, comme ce petit vison qui vient nous voir de près. Qu'importe, ils sont en forme et termineront leur journée heureux. Comme il fera bon se rafraîchir les pieds à l'eau au terme de la marche. La forme est donc bonne. C'est bon signe. Demain, c'est décidé, nous monterons au Tea House du lac Louise. Si vous êtes en forme, on saura vous mettre à l'épreuve.

- Je suis fatigué, je veux aller sur tes épaules, papa.

On vient à peine de commencer le tour du lac Louise et le château semble à portée d'un jet de pierre derrière moi. Devant nous: deux ou trois heures de marche. Autant pour revenir. Oh, ça commence bien...

- François, regarde le lac. Tu en as déjà vu des verts comme celui-là?

Heureusement, la distraction vient à la rescousse et découvrir ces nouvelles choses ravive l'intérêt de Valérie et François.

- Tu vois la montagne au fond? Je suis allé au sommet.

Et nous contournons le lac. La pluie nous accompagne ensuite. Mais le moral de l'équipe tient bon. Marianne se fait bercer sur le ventre de Marjolaine, comme Karine sur le dos de Denis. Valérie et François trottent patiemment. Les parents sont également heureux. Nous suivons notre chemin en admirant les montagnes. Puis le sentier se perd dans une suite de forêts et de zones d'arbustes. Il longe ensuite de jolies terrasses rocheuses. Ici, la vue se trouve bien dégagée. Nous dominons le glacier Victoria, dont nous longeons la rive gauche. Immenses, les monts Lefroy et Victoria montent la garde devant tout ce paysage. Derrière, le lac Louise paraît déjà minuscule. Et juste au dessous de nous résonnent sur les roches des sabots de chevaux. Une petite caravane nous dépasse. Cavaliers improvisés pour la journée, d'heureux touristes profitent du pittoresque d'un tour à cheval organisé.

Enfin, nous atteignons notre objectif. La petite maison en pierre se trouve là devant. Elle semble nous accueillir comme une grand-mère désirant prendre soin de ses petits-enfants. Il fait bon se retrouver ici et se reposer. Devant un foyer en pierres, nous nous attablons prestement. Et nous dégustons une soupe chaude que notre saine fatigue réussi pourtant à rendre encore meilleure qu'elle ne l'est déjà.

Reposés, nous repartons de plus belle pour le retour. Heureusement, à partir d'ici, ça descend. Au terme de cette belle journée, nous retrouvons le lac Louise et discutons de façon détendue en couvrant la dernière partie le long de la rive du lac.

Comme à chaque soir, nous retrouvons notre campement. Et chaque soir, le même rituel s'applique. Pendant que Karinne, Valérie et François gambadent autour des tentes, nous extirpons d'abord les articles de cuisine de leur capharnaüm. Nous discutons tout en cuisinant et lorsque tout est prêt, tout le monde se rassemble à table.

Ensuite, après la vaisselle, le capharnaüm est remis en place. Nous faisons une petite toilette avant d'aller nous étendre sous nos tentes.

Le col Rogers.

L'étape suivante de notre voyage nous emmène au col Rogers, plus loin à l'intérieur de la Colombie Britannique. L'endroit, élevé et encaissé entre de hautes parois, se trouve fortement menacé par les avalanches en période hivernale. Et c'est pourquoi son histoire évoque surtout l'épopée de l'entretien de la ligne de chemin de fer qui y passe depuis maintenant cent ans. La quantité de neige qui tombe au col Rogers a de quoi surprendre.

Et pendant l'été, il pleut souvent. Il en résulte une différence frappante entre la végétation des Rocheuses et celle des Purcells, où se trouve le col Rogers. Même l'oeil peu averti la remarque aisément. Le plus évident, ce sont bien sûr ces arbres gigantesques qui bordent nos emplacements de camping. Et si l'on cherche encore un peu, on trouvera plusieurs nouvelles plantes inconnues du coté des Rocheuses.

C'est presque complètement engloutis sous les feuilles des plantes que les enfants explorent les alentours de nos sites de camping... Pendant que nous montons le campement, Marjolaine et Chantal font une proposition.

- Et si vous en profitiez pour grimper votre montagne dès demain?

Escalade de Sir Donald.

Le choix ne se fait pas attendre. D'accord, demain. D'autant plus que le temps semble propice. Notre second plan d'escalade du séjour, c'est l'arête nord-ouest du mont Sir Donald. C'est une formidable arête qui culmine en un sommet effilé, à plus de six mille pieds au dessus de nos tentes. Cette voie est une des classiques en Amérique du Nord. J'en rêve depuis des années. Nous avons tout planifié pour ce moment. Et c'est maintenant l'occasion.

Peu après trois heures du matin, c'est le réveil. Nous commençons fébrilement la marche d'approche. Tout en marchant, nous discutons de notre défi de cette journée. Le ciel est étoilé, la partie va donc bien se jouer. Et la clarté se lève bientôt sur les montagnes. Au dessus, notre sommet semble si près. Mais attention à l'illusion d'optique. Quand on est loin, la paroi semble raide. A l'inverse quand on est près, c'est l'escalade qui semble courte. Et là, pour un sommet qui est si haut, il semble réellement à portée de main.

A sept heures, nous sommes prêts pour attaquer. Il fait un terrible vent. Et froid. Les chaussons d'escalade semblent peu appropriés aux conditions. Enfin, ils nous font progresser rapidement et révéleront tout de même leur avantage sur les bottes de montagne. Devant nous, l'arête se dresse. Cette fois, c'est le second type d'illusion qui joue. Son escalade semble diablement raide. Et aérienne. Tout autour de nous n'est que vide. Mais dans cet environnement hostile, progresser est tout de même facile. Le rocher présente des cassures franches. Je monte devant et Denis suit sans peine. Il nous faudrait pouvoir progresser en même temps. Au rythme où nous allons, il nous faudra la journée entière.

Les obstacles qui se présentent sont tous très impressionnants. Mais l'audace paie. Pour autant que l'on avance de façon franche, on trouve récompense. Une solution facile se présente toujours. A gauche, à droite ou droit devant, l'esprit persévérant trouvera un passage aisé. Et le rocher est bon, libre de pierres dangereuses. On a bien raison de dire que c'est une classique. S'il n'y avait ce terrible vent, ce serait un pique-nique. Sans un mot, nous montons de façon régulière. Enfin, au hasard d'un relais, j'ai une parole avec Denis. Notre dialogue dénote la réserve de mon partenaire devant cet environnement nouveau, voire hostile.

- Alors, comment trouves-tu ça?

- Bien sais-tu... Je ne peux pas dire que j'aie bien du plaisir en ce moment.

Du plaisir? Si c'est du plaisir que l'on recherche, mieux vaut faire du billard plutôt qu'un sport aussi spartiate que l'escalade. En fait, s'il parle de plaisir, c'est plutôt de danger que Denis évoque maintenant. Allons, il est donc temps d'encourager mon partenaire. Le vent est tenace, d'accord. Prenons le temps de mettre une couche de vêtement supplémentaire. Nous ne sommes pas très rapides, mais nous tenons l'horaire. Il ne fait pas si mauvais. On ne se laisse pas abattre. Continuons encore un peu. La fin de l'histoire saura bien nous dire qu'il fallait foncer.

Nous poursuivons donc de plus belle. Le rocher est raide, le vent est fort, les nuages s'enroulent en d'impressionnantes volutes au contact de l'arête et toujours, le vide nous entoure de toutes parts. L'escalade semble bien longue. Je pense à ces guides suisses qui avaient fait la première ascension avec un client en 1909. Quelle épopée ce devait être alors.

Enfin, on devine le sommet. Encore quelques encablures. Voilà, on ne peut monter plus haut. Dressé sur la plus haute pointe de rocher, nous posons tour à tour pour la photo sommitale. Après un goûter et un court repos d'une vingtaine de minutes, nous entamons le chemin de la descente. Nous suivons en sens inverse notre arête qui plonge maintenant dans les brumes. Le vent siffle toujours.

C'est six heures plus tard que nous revenons au pied de l'arête. Là, nous nous décordons enfin et débutons la marche de retour. Nous rencontrerons à leurs tentes une quinzaine de personnes qui voudront aussi s'attaquer à cette belle voie le lendemain. Ils dormiront dans les alpages sous le col, pour pouvoir attaquer tôt dans la matinée. Nous avons étés chanceux de nous trouver seuls sur la montagne aujourd'hui. Avant de repartir, nous leur souhaitons bonne chance non sans leur avoir résumé notre journée. Puis, loin devant Denis, au coucher du soleil, je retrouverai Marjolaine et Chantal, venues à notre rencontre avec les enfants. Bonheur des retrouvailles.

Nous avons réussi. Dix huit heures d'exercice physique. Je me sens encore en pleine forme. Voilà des années que je rêvais de cette escalade. Et voilà, ce soir, je m'endormirai en pensant que moi aussi, je connais maintenant cette magnifique montagne. Oui, en dépit des apparences, il y a un réel plaisir à grimper ces montagnes. Mais il faut une ténacité de fer pour le goûter. Et c'est sans doute pourquoi ce plaisir est si durable.

Les sources chaudes.

Le lendemain, nous goûterons encore à un autre plaisir. Celui-là, en revanche, est bien plus facilement accessible: se baigner dans l'eau de sources chaudes. Quel soulagement unique un tel bain peut-il procurer après deux semaines de camping à la dure... Mais après tout, serait-il aussi agréable de goûter ce bain si nous dormions tranquillement dans un hôtel? On dirait que la vie est ainsi faite. Les plus grands plaisirs se gagnent avec de l'opiniâtreté.

Le soir, autour du feu de camp, les histoires fusent. A la lueur des flammes qui crépitent, cette fois comme d'autres, nous discutons. Et si tout de Denis semble respirer le calme, la réflexion et la prudence, il y eu un temps où la fougue primait sur les autres traits.

- C'était le champion de motocross du Canada qui était venu nous faire une démonstration. Incroyable. A plein gaz, il prenait son envolée au dessus d'une pente raide comme cela. Et bien, je me suis dis que si lui pouvait le faire, et bien moi, avec ma moto, je...

Nous rions. Ouais, ça rappelle que la fougue seule ne suffit pas pour réussir.

Retour vers Banff.

Le lendemain, nous ferons une visite intéressante au centre d'interprétation de Parc Canada, à Rogers Pass. Enfin, sous les nuages, nous quittons le lendemain le col Rogers pour revenir vers Banff pour notre dernière semaine avant la fin des vacances. Chantal attend cette semaine avec hâte, heureuse à l'idée de retrouver Banff, lieu de nombreux souvenirs de nos premières années de vie commune.

- Regarde comme ça a changé!

Ces souvenirs semblent d'autant plus loin que l'aspect de la ville s'est bien transformé depuis le temps. Entre-temps, les jeux olympiques de 1988 ont eu lieu à Calgary et cet événement a sans doute modifié le cours de la petite localité de Banff, située à moins de deux heures de route.

Pour nos dernières journées de vacances, nous rayonnerons autour de Banff. Ainsi, le premier jour, nous ferons tous une agréable et facile randonnée du coté du canyon Johnston. Elle consiste en un beau sentier qui serpente le long d'une petite rivière. Tantôt dans le canyon creusé par la rivière, tantôt le surplombant, le parcours est facile et bien aménagé.

Le lendemain, nous partons vers le lac Moraine. Valérie et François reconnaissent ce paysage déjà familier pour eux. Ils l'ont vu en photo déjà bien souvent. Cette journée là, chaque famille ira de son coté. Denis et Marjolaine iront vers le lac Eiffel, plus haut en amont du lac Moraine. Nous irons vers une destination plus facile, les lacs Consolation, situés dans une petite vallée secondaire.

Le temps est pluvieux. Il devient même diluvien. Tout comme les yeux de François, lequel commence à en avoir marre. Nous arrivons tout de même aux lacs, lesquels semblent justifier leur nom s'il faut en croire la meilleure humeur de François. Mais la pluie cache le paysage. Quoi faire? Ce qui était prévu, ma fois. Prendre notre petit goûter et relaxer avant de nous mettre sur le chemin du retour. Et c'est ainsi que la famille se regroupe sous un immense parapluie. Nous prenons donc notre goûter, non sans attirer la sympathie d'un honorable randonneur aux cheveux gris. Lequel photographiera notre petite famille se blottissant sur elle-même à l'abri des éléments.

Au retour, le temps se dégagera un peu. Juste assez pour dévoiler l'arête est du mont Temple, une autre escalade prévue au programme de ces vacances. Et que nous avons laissée de coté pour consacrer un peu plus temps aux activités familliales. Droit devant, elle s'offre à mon regard et se laissera bercer dans ma tête pour des années à venir encore. Elle n'a pas basculé dans la collection des trophées. Elle restera au contraire dans la gamme des projets qui entretiennent la flamme. Une autre fois, peut-être.

Le lendemain est consacré à l'escalade de rocher comme on la pratique un beau dimanche après-midi de rocher-école au Québec. Petit rocher, goûter, bière, repos, lecture, soleil sont au rendez-vous. Chantal lit à l'ombre au pied du rocher. Les enfants jouent. Tour à tour, je grimpe avec Marjolaine ou Denis. Même Valérie, toute hardie, laisse l'arbre qui l'amuse tant pour venir faire un peu d'escalade avec moi. Mais l'endroit n'est pas si facile. Elle en reviendra impressionnée, bien cramponnée sur mon dos pour faire la descente.

Un autre jour encore, nous irons nous balader du coté des lacs Vermillion, en amont de Banff. Des bernaches se promènent paisiblement sur le lac. Ces oiseaux nous rappellent le nom de l'avenue où se trouve notre demeure. Et par delà, ils donnent un instant la nostalgie du retour. Ce sera agréable de revoir la maison.

Nous reviendrons du coté du lac Louise pour une dernière randonnée en groupe.

Quelques rencontres...

Revoir les Rocheuses suppose également revoir quelques vieilles connaissances. Spontanément, nous retrouverons, au hasard des sentiers et des rencontres, Daniel Bonzi, puis Mark Whalen, tous deux instructeurs d'escalade au camp des cadets avec moi, il y a de cela dix ans. Et même Yves, un grand compagnon d'escalade. Un de ceux qui se consacrent à la montagne avant tout. A un point tel qu'il aura atteint l'Everest depuis cette dernière fois où je l'ai vu. Et il y aura aussi Géraldine, cette sympathique et courageuse petite femme qui nous accueillit lors de notre premier séjour à Banff à l'été de notre mariage. Elle n'a guère changé en dix ans. A l'époque nous étions impressionnés par cette jeune grand-mère de trente-six ans. Aujourd'hui, nous sommes étourdis par cette idée, alors que nous avons cet âge, de nous imaginer maintenant grands-parents...

Enfin, cette dernière journée, les deux familles se disent les au-revoirs. Nous revenons à Calgary. Et demain, nous nous envolerons pour Québec. Le surlendemain, je me poserai à Moscou. Le jour d'après, je serai au Kazakhstan, de retour au travail.

Mon arrêt à Québec fut donc bien bref. Nous n'avons pas eu le temps de démêler toutes ces impressions qui se bousculent pour conclure le voyage. Mais je recevrai en mission une lettre de Chantal dans laquelle je lirai: "Tu sais, en repensant au voyage, ça m'a fait tellement de bien que je ne détesterais pas repartir en camping l'été prochain... Eh oui, sous la tente..."

(Ecrit au Kazakhstan, septembre 1995)

 

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