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Marathon Canadien de ski 2003 | ||||||||
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Accueil > Ski de randonnée > Marathon Canadien de ski 2003 Denis m'avait lancé une idée prometteuse de bien des plaisirs. Parcourir intégralement le marathon canadien de ski. Un bon défi de 160 kilomètres à couvrir en deux jours de ski de fond. Inscrit sous la catégorie "Coureurs de bois Bronze", nous avons eu le plaisir de relever le défi avec succès.
Il faut bien croire que le ski de fond fait bien conserver la forme physique. Ainsi, Jack Rabbit Johannsen, celui à qui l'on attribue l'introduction du ski nordique au Canada dans les années 30, a vécu jusqu'à 111 ans et pouvait encore skier lorsqu'il en avait 107. C'est ce désir de garder la forme, certes, mais avant tout celui de réaliser un défi et de savourer les joies du plein-air et de la camaraderie en nature qui amènera plus de deux mille skieurs à parcourir en partie ou même en totalité ces 160 kilomètres qu'on dit le plus long trajet de randonnée à ski populaire du monde. La coutume se perpétue depuis 37 ans et les skieurs se rassemblent ainsi dans l'Outaouais québécois pour, à partir de Lachute, rejoindre la ville de Buckingham. C'est deux semaines auparavant seulement, sous les encouragements de mon collègue et ami d'aventures Denis, que j'ai décidé de m'investir en ce projet en sa compagnie. Si j'ai moins d'expérience que lui en ski sur piste dammée, je crois possèder néanmoins une forme physique raisonnable et une bonne dose de volonté. 85 kilomètres le premier jour et 75 kilomètres le lendemain; j'imagine que couvrir pareilles distances m'est un objectif réaliste. C'est certes un peu fou puisque je ne possède même pas de skis légers. En ce domaine du ski, mon expérience se limite surtout à des trajets sauvages de plusieurs jours, voir semaines, en autonomie complète, c'est à dire avec tente, sac à dos, traîneaux et nourriture sur les rivières et lacs du Nouveau-Québec. Une fois l'équipement acheté, il reste à m'entraîner. Etalées sur la première semaine, trois périodes d'environ six heures de ski au terme desquelles je couvre respectivement 48, 56 et 56 kilomètres me donnent une idée de mes capacités. J'espère maintenir une vitesse de 8.5 kilomètres par heure. Couvrir 160 kilomètres en deux jours pose défi mais je comprends bientôt que le plus grand problème restera de couvrir cette distance dans le temps maximum imparti. En effet, le trajet est divisé en dix sections de longueur variant entre 12.8 et 25.5 kilomètres et une heure limite est allouée pour débuter chacune de celles-ci. Cette heure limite correspond à une vitesse de 8 kilomètres par heure. Ma mince marge de manoeuvre fera qu'avant de couvrir la distance, le faire à vive allure sera pour moi le véritable défi de ces deux jours. La semaine précédant l'évènement, je laisse simplement mon corps se reposer et refaire ses forces. Samedi matin 8 février, 6 heures. Denis et moi, skis au pied, sommes prêts sur le fil de départ avec quelques centaines d'autres skieurs. Il fait encore nuit. La température est de moins dix-huit degrés. "Quand l'hiver est rude, les Canadiens deviennent encore plus rudes", dit-on. La vérité est que les nôtres sont aussi tendres que celles des autres. Entendez par là qu'un Français dirait: "Putain, qu'est-ce qu'on se les gèle!" tandis que le Québécois lancerait un "Cibouère, y fait pas mal frette à matin". Mes doigts de mains et de pieds s'engourdissent. Heureusement, le top du départ est bientôt donné. Dans un grand cri de joie les skieurs s'élancent. Les cannes piquent la neige durcie et crissent en alternance au son des skis flattant la neige. Le corps se réchauffe et les doigts dégourdissent lentement. En revanche, sous le souffle humide qui condense dans l'air glacial, ma barbe se couvre de glaçons. Heureusement, ce n'est guère incommodant. Je couvre la première section de 15.5 km en tout juste deux heures et y retrouve Denis, précisément au deuxième point de contrôle. Nous échangeons nos premières impressions. Notre verdict est commun. Mince, il ne sera pas si facile de maintenir une vitesse suffisante. Pourtant, je n'ai guère l'impression de pouvoir accélérer. Confiant d'avoir de l'énergie à revendre, Denis annonce que lui va essayer d'y mettre la gomme. Plus rapide, il prend la tête et plus loin, au détour d'une courbe, je le perds définitivement de vue. Ma stratégie doit être claire; à défaut de pouvoir skier rapidement, il m'est impératif de ne perdre aucun temps à ces points de contrôle. Je n'arrête que pour déchausser et refarter mes skis en vitesse, remplir ma gourde, boire à une table de ravitaillement et refaire le plein d'énergie en avalant quelques bouchées de nourriture en vitesse. Je fais marquer mon dossard et c'est ensuite reparti pour une nouvelle étape. Au cours d'une étape, entre ces points de contrôle, il est hors de question de prendre le temps d'enlever mon sac à dos pour prendre eau ou nourriture. Chaque seconde est consacrée à skier. Je devrai à la limite consacrer parfois deux minutes d'arrêt pour refarter mes skis. Chacun des arrêts nécessaires aux points de contrôle ne prend environ que cinq ou au maximum dix minutes de mon temps. La stratégie doit donc quelque peu porter fruit; si tout le monde semble skier plus rapidement que moi, je m'aperçois cependant que d'étape en étape, ce sont souvent les mêmes skieurs qui me dépassent. Et puis courage, il ne me faut pas abandonner. Où se serait trouvé le défi que je recherche si tout était au contraire facile et donnée d'avance? Au début de la quatrième et avant-dernière étape de la première journée, ma montre marque 12h18. Le calcul est simple; il m'a fallu 6 heures 18 pour parcourir les premiers 46 kilomètres. Ma moyenne se chiffre à peine à un peu plus de 7 km/heure. Diable, c'est trop lent. Triste affaire. L'examen de la situation est simple; les conditions sont plus difficiles que lors de mes premiers entraînements. Le relief est plus accidenté et les descentes parfois problématiques en chasse-neige ne permettent pas de regagner le temps perdu à remonter ces longues côtes qui ne semblent plus en finir. Je dois normalement terminer les 25.5 kilomètres de la quatrième étape avant 15h15. Ceci représente un délai d'un peu moins de trois heures. Il me faut accélérer pour atteindre au moins 8.5 kilomètres par heure. Allez, me dis-je en m'encourageant intérieurement: "Gaétan, on ne lâche pas. Si c'est pour rater l'affaire, ce ne sera pas en tous cas sans y avoir mis toute la gomme. Et si jamais c'est pour réussir, il ne faudra pas oublier que ç'aura été de justesse". Ce drôle de monologue intérieur me tourne en tête les trois heures suivantes. Ce n'est guère drôle et curieusement, là doit sans doute se trouver le grand plaisir, celui d'entrevoir seulement et peut-être, l'ombre d'une chance de réussite. Et devoir combattre pour l'obtenir. Il doit être autour de 14h50 lorsque je croise une affiche signalant le prochain point de contrôle à cinq kilomètres devant. Là, le sort en est jetté, me dis-je. Mon arrivée dans le temps prescrit dépend des conditions du terrain devant. S'il se trouve des descentes, je passerai. Et si je dois efectuer des remontées, bien, ce sera raté. Trois heures quinze sonnent et toujours pas de point de contrôle. Enfin, une dizaine de minutes plus tard, au détour d'une courbe, quelqu'un se trouve en bord de piste à nous encourager. Cette étape serait-elle bientôt terminée enfin? Oui! Et il est encore temps de commencer la nouvelle et dernière étape de la journée. Indulgente, l'organisation nous laisse encore passer malgré l'heure un peu tardive. Je passe le contrôle en vitesse et m'arrête là en compagnie d'une bonne centaine d'autres skieurs pour reprendre une quelconque nourriture et boire ce qu'il reste de ma gourde. Trois minutes plus tard, on ferme l'accès à la section. Il était moins une... Je suis donc arrivé ici tout juste à temps. Je suis vraiment heureux. Rien ne presse trop pour couvrir les 13.8 kilomètres restants, les seuls que je parcourerai l'esprit vraiment détendu ce jour là. Le corps est en bonne forme, l'esprit en paix et j'arrive au terme de cette première journée à la tombée du jour, après 11h30 d'exercice intense et presque continuel, après 85 kilomètres à ski. J'ai passé une belle journée. Je suis heureux. Et, bon sang, je serais capable d'en prendre encore. A Papineauville, au chaud dans la salle de l'école où nous sommes sommairement logés, je retrouve Denis heureux lui aussi, et surtout surpris d'apprendre que j'aie pu passer à temps. Notre enthousiame est fort. Le bonheur de ce jour savouré à plein, nous nous retrouvons en compagnie des autres skieurs, au repas dans la cafétéria de l'école et discutons à table de notre stratégie pour le lendemain. La soirée se déroule donc sous cette nouvelle attente fébrile. Chaque skieur semble y aller de sa propre stratégie de fartage. Chacun pense à optimiser ses chances. Le défi est toujours présent pour nous animer. Rien n'est encore gagné. Le départ du nouveau jour se déroule à peu près comme le précédent. A ceci près que la température est plus clémente. On annonce pour la journée entre -9 et -4 degrés Celsius. Par chance, le temps rafraîchira et la suite nous amènera un plus confortable -13 et l'augure de meilleures conditions de ski. Cette fois encore, je retrouve Denis au sixième point de contrôle. Le jour bien levé nous fait découvrir là un ciel entièrement voilé de gris. Arrivés bien à l'intérieur du temps prescrit, nous sommes cette fois plus confiants de passer les étapes du jour dans les délais impartis. Aussi, d'après ce qu'on annonce, les étapes seront ce jour techniquement plus faciles. Il reste simplement à ne pas tant prendre à la légère ces 75 kilomètres de piste qui restent à parcourir. La huitième étape terminée, un regard à ma montre annoncera que je me trouve toujours bien dans les temps. D'ailleurs, mon esprit s'est bien détendu et je puis savourer en cette huitième étape toute la beauté du ski dans la forêt québécoise. La couverture nuageuse se fracture lentement en de nombreux nuages qui se dispersent à leur tour sur un magnifique fond de ciel bleu. Au détour de chaque colline, le paysage change sans cesse et nous fait découvrir tantôt un lac, tantôt une rivière. Les grands sapins courbent de leurs branches sous le poids de la neige qu'ils supportent et semblent ainsi tirer révérence sur le gracieux passage des skieurs qui défilent presque incessamment. C'est à 14h30 que j'arrive au terme de la neuvième étape, soit plus de trois quart d'heure avant l'heure limite. Avec les autres skieurs, je savoure pleinement cette fois une longue pause bienvenue et entame bientôt la dixième et dernière étape. Plus que quinze kilomètres et c'est dans la poche. Le compte à rebours est cette fois bien commencé. Une borne kilométrique annonce le passage du 150ième kilomètre. Dix encore et c'est terminé! Quelques mètres plus loin, un point de passage est aussi annoncé à cinq kilomètres devant. Un peu plus de trente minutes plus tard, j'y fais marquer mon dossard et me dirige immédiatement vers la suite pour couvrir les cinq et derniers kilomètres restants. Un regard à gauche, puis sur la droite et devant ne me permet pas de découvrir la suite. Je dois demander mon chemin. Mais non, m'annonce-t'on, c'est ici la fin du trajet! C'est à en éclater de rire. J'ai donc bouclé la distance sans me rendre compte d'avoir atteint la fin et c'est après m'être renseigné que je puis dire : "J'ai réussi". Mais alors, me dis-je, la distance doit en vérité plutôt approcher les 155 kilomètres que ces 160 annoncés... Au chaud dans la salle d'une école de Buckingham, tous les skieurs se retrouvent rassemblés et se racontent mutuellement leur défi et leur petite histoire. L'ambiance est fébrile. Je retrouve mon ami Denis. Nous nous félicitons. Vraiment, là, on est heureux. On a réussi et, ma foi, qu'est-ce qu'on s'est bien amusés! | ||||||||
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